Financement des PME : l’état des lieux en Europe

Une enquête de l’Insee s’interroge sur l’accès au financement des PME qui emploient au moins 10 personnes. Il s’agit d’évaluer les difficultés rencontrées par les Petites et Moyennes Entreprises pour se financer, ainsi que les modes de financement recherchés en 2007 et 2010, et les modes de financement envisagés pour la période 2011-2013.

Alors que cette enquête européenne « Accès au financement » a été réalisée dans 20 pays – dont notamment le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, – l’Insee déclare avoir porté un intérêt particulier aux entreprises à forte croissance, et notamment aux plus jeunes dites « gazelles » (à titre de comparaison avec les États-Unis).

Pour appartenir au champ de l’enquête, les entreprises devaient respecter des critères de taille et de secteurs d’activité : il s’agit des entreprises non financières employant entre 10 et 249 personnes en 2005, et au moins 10 personnes en 2010. Le sondage a été réalisé entre septembre et décembre 2010 par internet, sur un échantillon de 12 000 entreprises.

Hausse générale des recherches en financement depuis 2007

Selon ce sondage, plus de une PME sur deux étaient en recherche de financement en 2010 : 51% des entreprises contre 42% en 2007 (en période d’avant crise). Les prévisions sont également en hausse, puisque 62% affirment leur attention de se financer en 2011-2013. Néanmoins,  les PME à forte croissance sont les plus nombreuses à déclarer être en recherche de financement en 2010, avec un chiffre de 58,2% contre 50,5% pour les entreprises à croissance faible ou moyenne. Parmi les entreprises à forte croissance, on dénote une recherche moindre chez les plus jeunes d’entre-elles, à savoir les entreprises créés après 2002 et appelées « gazelles ».

Si l’on observe les secteurs les plus demandeurs de financement, on remarque que les secteurs concernés sont la construction, avec 57% des entreprises qui recherchent un financement en 2010, et l’industrie avec 54% des entreprises. Les TIC ne sont cependant pas en reste, puisqu’elles enregistrent la plus grosse progression depuis 2007 (+13 points) avec 48% des entreprises. En moyenne, la hausse sur les différents secteurs était seulement de 9 points.

Quels sont les modes de financement les plus plébiscités ?

Parmi les possibilités de financement choisies par les entreprises interrogées, l’Insee a décidé de regrouper les résultats en 3 grandes catégories : le financement par prêt, l’augmentation de capital, et les autres modes de financement (découverts bancaires, affacturages, crédits-bails, crédits fournisseurs, et dettes mezzanines). Il en ressort sans surprise que le prêt est le mode de financement le plus récurrent : 33% en 2007 contre 37% en 2010, et 53% des entreprises qui envisagent cette solution pour 2011-2013. Toutefois, les modes de financement se diversifient rapidement, et enregistrent une progression plus élevée que le choix du prêt (+7 points) : 26% des entreprises auraient choisi un autre mode de financement en 2010, contre 32% qui prévoient de le faire en 2011-2013.

En ce qui concerne les entreprises à forte croissance, elles souhaitent augmenter leur capital plus souvent que les autres (+10pts). « Ainsi, dans le secteur des services liés aux TIC où la proportion d’entreprises à forte croissance est la plus élevée, 25 % des entreprises envisagent d’accroître leur capital entre 2011 et 2013, contre seulement 7 % des entreprises tous secteurs confondus. À l’inverse, entre 2011 et 2013, le secteur des services liés aux TIC apparaît le moins concerné par un financement sous forme de prêts, ce mode n’étant retenu que par 43 % des entreprises (contre 53 % tous secteurs confondus) », selon les données de l’Insee.

Un bémol cependant : les financements s’obtiennent plus difficilement…

Le taux d’échec des entreprises qui demandent un financement bancaire est passé de 5% à 23% entre 2007 et 2010.

A ce sujet, l’Insee souligne que lorsqu’une « PME recherche un prêt, elle sollicite presque toujours une banque : 36 % ont demandé un prêt bancaire en 2010, soit seulement un point de moins que le pourcentage de celles qui se sont enquis d’un prêt. Le taux d’échec partiel ou complet dans la recherche d’un prêt bancaire est en très forte hausse entre 2007 et 2010 : il est passé d’un peu plus de 5 % à près de 17 % (avec un échec complet dans 7 % des cas) et atteint 23 % en 2010 pour les entreprises à forte croissance. Le taux d’échec partiel ou complet peut dépasser 50 % en 2010 pour des recherches de financement auprès « d’autres personnels » (non dirigeants), de « la famille, les amis… » Ou d’autres entreprises ».

Comment expliquer ce phénomène ? L’absence de garantie ou le potentiel insuffisant ou risqué de l’entreprise (et de ses projets) sont beaucoup moins pris en compte par les établissements bancaires que ne le sont la mauvaise cotation globale – à savoir le rating – ou encore le capital (si jugé insuffisant). Le prêt est alors refusé par la banque, ou bien elle impose des conditions qui ne conviennent pas aux entreprises.

De même, plus de 80 % des entreprises qui tentent d’augmenter leur capital sollicitent leurs associés. « La proportion d’entreprises cherchant à obtenir l’entrée de fonds de capital-risque dans leur capital était, en 2010, quatre fois plus élevée parmi les entreprises à forte croissance que parmi les autres : 15 % des entreprises à forte croissance et 23 % des « gazelles » qui ont tenté d’augmenter leur capital » ont sollicités leurs actionnaires ou leurs associés, avec un taux d’échec en 2010 de 10%.

En règle générale, le financement est destiné à soutenir l’activité en France à 20% contre 4% des activités financées qui sont tournées vers l’international.

Widoobiz a interviewé à ce propos Jacky Lintignat – Directeur général de KPMG – dans l’émission Widootalk de Jacques Petit, à l’occasion de la 9ème édition de son baromètre sur le financement et l’accès au crédit des PME. Il s’agit d’un sondage de l’IFOP effectué en mars 2011 à la demande de KPMG et de la CGPME. Pour obtenir plus d’informations à ce sujet, écoutez le podcast de l’émission « financement et accès au crédit des PME : des réponses qui doivent alerter ».

Malgré ces données statistiques, seulement 8% des entreprises considèrent qu’un manque de financement limiterait leur croissance d’ici à 2013. En revanche, elles sont plus inquiètes face à l’état générale de l’économie (80%), la concurrence sur les prix et la faiblesse des marges (54%), le coût élevé du travail (40%), la difficulté à trouver du personnel qualifié (28%) ou encore la faible demande sur le marché domestique (27%).

Les entreprises à forte croissance craignent par contre davantage de manquer de financements d’ici à 2013, ainsi que le déclare presque 13% d’entre elles.

Selon l’Insee, « ce climat général contribue à rendre moins prégnante la contrainte de financement : en effet, une entreprise faisant face à une demande faible ou ne parvenant pas à recruter du personnel n’a probablement pas de besoin majeur de financement ».

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