Pourquoi le pédalo SCOP a fait échouer le navire SEAFRANCE ?

L’épisode Seafrance a au moins eu pour effet positif indirect de médiatiser le statut SCOP. Mais celui-ci est-il vraiment un outil miracle idéal pour toutes les situations ?

Après 15 ans de traversées transmanche, le 16 novembre 2011, la société Seafrance est mise en liquidation judiciaire. Mus par les tendances « sociales et solidaires » de l’air du temps, les mariniers se voyaient chefs de corvette ; ils proposaient de se réunir en SCOP pour reprendre la barre. Mais que signifie cet acronyme ? Pourquoi la CFDT maritime du Nord a-t-elle fait ce pari ?

Depuis 2010, SCOP signifie Société Coopérative et Participative. Il s’agit d’une société commerciale de type SA ou SARL ayant un mode de gouvernance particulier. Les lois de 1947 sur la coopération et de 1978 sur les SCOP imposent que 51% du capital et 65% des droits de vote doivent être tenus par des salariés de la SCOP. De plus, en assemblée générale, chaque associé a une voix, indépendamment du nombre de parts détenus.

La première coopérative reconnue a été fondée en 1844 par les Équitables Pionniers de Rochdale, aux environs de Manchester, en Angleterre. L’objectif de ces tisserands « coopérants » était de limiter les intermédiaires afin de vendre directement leur production et, in fine, d’augmenter leurs marges tout en proposant un prix client plus abordable. Depuis, ce modèle s’est développé avec beaucoup de succès dans le monde agricole notamment. En effet, dans le monde agricole, ce statut permet de mettre en commun les achats de machines ainsi que les canaux de distribution afin d’engranger des économies d’échelle. Ces coopératives sont plus poussés par le « bon sens paysan » que par des valeurs « sociales et solidaires ». Pour Seafrance, c’est là que la mite rentre dans la coque.

En effet, avant 2010, SCOP signifiait Société Coopérative Ouvrière de Production. Sans nier les valeurs humaines intrinsèques de ce statut, cette définition gardait le sens de réunir l’outil de production pour améliorer sa rentabilité. D’ailleurs, la France possède des sociétés à succès sous ce statut. Nous pouvons citer le célèbre Groupe Chèque Déjeuner mais également le fabriquant de fibres optiques ACOME. Pour des entreprises à forte vocation sociale comme Chèque Déjeuner ou connaissant une situation de stabilité comme ACOME, le statut SCOP colle parfaitement. Par contre, dans une situation de vent arrière sur mer agitée et en recherche de liquidité comme peut l’être Seafrance, comment trouver un investisseur qui remettra le navire à flot pour n’être finalement qu’un mousse parmi n ? De plus, on observe qu’une SCOP est d’autant plus efficace qu’elle se fédère autour d’un leader charismatique qui puisse tenir la barre et en lequel tout l’équipage a confiance ; ce profil n’est pas sorti dans ce projet de reprise en SCOP. Pour Seafrance, comme pour beaucoup d’entreprises actuellement, les bons sentiments portés par la SCOP ne suffisent pas pour élaborer un projet d’entreprise crédible et sérieux.

Alors que l’ONU a proclamé 2012 année internationale des coopératives, espérons que ces coopératives soient plus souvent basées sur le bon sens paysan que le mauvais pied marin.

Julien Rittener
Dirigeant de FIVE Conseil

Julien Rittener

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Contributeur

Au quotidien auprès de chefs d'entreprise, Julien Rittener apporte un regard critique sur le fonctionnement de leur entreprise et leur mode de management. Il apporte un regard extérieur à ceux qui avancent le nez dans le guidon.

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