Quand la monnaie unique devient monnaie commune

Quel est  donc ce nouvel outil économique qui réunit Christine Boutin, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan ainsi que certains lieutenants du FN ? Réponse : l’euro-franc.

Il était une fois, 16 commerçants se rendant à la banque pour contracter un prêt. Or, une grande crise financière puis monétaire mondiale ayant eu lieu quelques mois auparavant, ceux-ci se virent refuser leur prêt. En effet, les liquidités se faisant rares, les banques n’avaient pas plus la possibilité d’octroyer autant de prêts qu’alors. Mais, se rendant compte qu’une partie non négligeable de leur volume d’affaires se faisait entre eux, les 16 commerçants décidèrent de commercer ensemble via une nouvelle monnaie. C’est ainsi que, un beau jour de 1934, 16 commerçants suisses de la région de Bâle créèrent le WIR. 78 ans plus tard, cette monnaie, reconnue deuxième monnaie officielle de la Suisse, est acceptée par ¼ des PME helvètes et représente une masse monétaire équivalente à 1% des francs suisses.

Quel est l’intérêt d’une telle monnaie pour l’euro ? En présence d’une monnaie forte et internationalement échangée comme l’euro, une nouvelle monnaie à l’usage restreint permet de relancer une économie nationale. En effet, si cette monnaie ne peut pas être utilisée pour acheter des actifs immobiliers ou financiers, elle est nécessairement utilisée pour acheter des biens courants. Si l’épargne de cette monnaie ne porte pas d’intérêt, elle n’a aucune raison d’être épargnée et est utilisée plus facilement que l ‘euro. Si elle n’est utilisable que sur le territoire national, cela fait progresser l’économie de ce territoire. Enfin, si elle n’est pas convertible en euro (mais de parité équivalente), elle n’est pas soumise au taux de change des marchés financiers.

Cette monnaie existe sur le papier : c’est l’euro-franc. Cette idée, théorisée par des économistes de renom comme le français Yoland Bresson et le belge Bernard Lietaer, se diffuse parmi plusieurs « petits » candidats à la Présidentielle. Mais, dès lors, deux questions se posent : comment créer cette monnaie et comment la faire circuler ?

Aussi simplement que pour toute création monétaire, la Banque de France, qui n’a pas le droit de créer des euros, peut créer des euro-francs. Mais il faudra le faire avec discernement. En effet, si la demande, par adjonction de monnaie sur le marché économique, croît plus vite que l’offre, l’inflation guette. Or, dans une France ayant un taux de chômage de 10%, une capacité de production sous exploitée et un niveau concurrentiel élevé, une augmentation du 1/3 de la masse monétaire ne provoquerait aucune inflation.

Quant à faire circuler cet argent, rien de plus simple. Par exemple, l’Etat peut verser toutes les aides sociales (CAF, APL, ASS, API, RSA, … ) actuelles en euro-franc. Ce mode de versement, en plus de lancer la machine « euro-franc » réduirait d’autant les dépenses en euro de l’Etat déjà fort dépensier. Autrement, en partant de l’idée du Revenu d’Existence Inconditionnel, une somme de 300 ou 400 euro-francs pourrait être versée à chaque citoyen français, augmentant d’autant son pouvoir d’achat.

La conséquence pour nos PME est assez claire : avec des français pourvus chaque année d’un surplus de pouvoir d’achat équivalent à 312 milliards d’euros utilisable uniquement dans les entreprises situées sur le territoire français, cela augmenterait le PIB de 16% (dont le PIB réalisé par les entreprises privées hors établissements financiers de 36%). Ainsi, en moyenne, le chiffre d’affaires des entreprises privées françaises hors établissements financiers devrait progresser de 36% par la simple injection de cette nouvelle monnaie.

Une seule question me vient : quand, en 2009, la FED crée 1250 milliards de dollars pour relancer l’économie américaine, qu’attendons-nous, de notre côté de l’Atlantique, pour faire marcher la machine à billet en euro-franc ?

Julien Rittener

Dirigeant de Five Conseil

Julien Rittener

Julien Rittener

Contributeur

Au quotidien auprès de chefs d'entreprise, Julien Rittener apporte un regard critique sur le fonctionnement de leur entreprise et leur mode de management. Il apporte un regard extérieur à ceux qui avancent le nez dans le guidon.

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