Soleil et franchise : l’expérience d’entrepreneurs installés en Outre-Mer

Les Antilles, La Réunion et la Guyane sont des départements où les entreprises peuvent s’épanouir grâce à des aides à l’investissement. De quoi motiver certains métropolitains, partis ouvrir une franchise au soleil.

Loin de la grisaille parisienne, les réseaux de franchises s’épanouissent aussi dans les départements d’Outre-Mer. Là-bas, le beau temps n’est pas la seule raison des sourires sur les visages. Ils sont motivés par la réussite de certains expatriés, partis tenter leur chance de l’autre côté de l’Atlantique.

Résultats, l’Institut d’Emission des Départements d’Outre-Mer (IEDOM) observe une reprise de son économie depuis 2013, confirmée en 2014. Néanmoins, ces zones demeurent plus pauvres et plus inégalitaires que la France métropolitaine. C’est pourquoi depuis le 27 mai 2009, la loi pour le développement économique des Outre-Mer (LODEOM) prévoit des réductions d’impôts dans le cadre d’investissement pour l’entreprise sur des secteurs habilités : malheureusement le commerce, la restauration (excepté les restaurants de tourisme classés), les débits de boisson, les secteurs du conseil et de l’expertise, les activités immobilières, les services BtoB ou la réparation automobile n’en font pas parti.

« Les gens ne mettent pas longtemps à se détendre »

« La Guyane est une terre d’opportunités », affirme Éric Kuo, pluri-franchisé sur ce territoire français qui jouxte le Suriname à l’Ouest et le Brésil à l’Est et au Sud. Guyanais d’origine, il est parti à 16 ans en métropole pour ses études. Il y travaille trois ans, avant de partir cinq ans à Shanghai à la direction administrative et financière de la branche parfum et cosmétique du groupe LVMH. Pour des raisons familiales, il est contraint en 2004 de revenir en Guyane et en profite pour concrétiser son désir d’entreprendre. A 41 ans, il est aujourd’hui concessionnaire Mobalpa et L’Occitane et franchisé Havas Voyages, SoCoo’c et Nicolas en compagnie de sa femme Laure Kuo. Ensemble, ils gardent un pied en métropole puisqu’ils y ont récemment racheté une dizaine d’agences Nouvelles Frontières.

Avec sa concession Mobalpa de Cayenne, le couple ne souffre pas de la distance entre la tête de réseau et la Guyane : « Le groupe Fournier est un cas spécial. De manière générale, les autres réseaux sont très peu présents hors de métropole », indique le pluri-franchisé qui sait de quoi il parle. En moyenne, tous les deux mois, un employé du siège atterri en Guyane. « Que ce soit pour de la formation, du recrutement ou de l’assistance en gestion, le groupe est très présent notamment en la personne de Sandrine Bosson, la responsable export ». Parallèlement, Éric Kuo explique que Mobalpa bénéficie d’une solide plateforme logistique : « Toute l’organisation est centralisée dans l’usine de Thônes, en Haute-Savoie, ce qui limite les risques de pièces manquantes à la livraison. Entre la prise de commande d’une cuisine et sa pose, il s’écoule deux mois en moyenne ». Un délai rapide pour une prestation qui nécessite l’importation de tous les composants d’une future cuisine.

Dans tous les cas, la gestion de l’import-export est la problématique principale d’un franchisé expatrié : en moyenne, les délais de livraison chez Mobalpa sont rallongés d’un mois par rapport à la métropole et la marchandise est soumise à l’octroi de mer, un impôt spécifique sur les produits importés dans les départements d’outre-mer. En Guyane, il prend la forme d’une taxe dont le taux oscille entre 0 % et 60 % selon les produits.

Au-delà de ces freins, demeurent des avantages. Si Éric et Laure Kuo n’ont pas bénéficié des aides fiscales permises par la zone franche régionale et la LODEOM, ils profitent tout de même d’exonérations de charges sociales et patronales. Surtout, Éric Kuo ne tarit pas d’éloges sur la qualité de vie en Guyane : « Elle reste un territoire méconnu, pourtant, 55 % de la population n’y est pas née. C’est une terre d’accueil pour toute personne venue de l’extérieur. Ici, les gens ne mettent pas longtemps à se détendre et se sentir chez eux », s’enthousiasme l’entrepreneur.

« En cas de problèmes, il faut se débrouiller tout seul »

2004 a aussi été l’année du départ pour Maxime Lecuelle. « C’est à l’occasion d’une opportunité professionnelle que je suis parti à la Réunion », raconte ce Bourguignon d’origine qui a aussi connu l’île de Saint-Martin dans son enfance. Arrivé en tant qu’ingénieur commercial chez Orange, il y passe six ans et gravi des échelons. En 2010, alors qu’il est responsable du département vente auprès des PME, il décide de s’installer en franchise avec Cash Converters. « J’aime le négoce et je souhaitais monter ma structure », explique-t-il. Il choisit donc un réseau en lien avec ses valeurs : « L’idée de consommer autrement me plaît », assure le Réunionnais d’adoption. Il a sauté le pas après une rencontre au salon Franchise Expo à Paris. Sans regret.

Désormais, il possède quatre Cash Converters et connaît les particularités de sa conditions d’expatrié : « Ici, les visites des animateurs de réseaux sont très rares, vous n’assistez pas à des réunions régionales, vous ne pratiquez pas les mêmes prix qu’en métropole, et traiter avec les fournisseurs est parfois difficile », explique le chef d’entreprise. D’autres problèmes sont plus folkloriques : par moment, les horaires des services informatiques ne collent pas avec l’urgence de la situation. « En cas de problèmes, il faut se débrouiller tout seul », résume Maxime Lecuelle.

Être loin selon le franchisé, c’est aussi rencontrer des problèmes d’adaptation culturelle : « Certains supports de communication produits par le réseau ne sont pas orientés DOM-TOM. Du coup, il y a des visuels que je n’utilise pas ». Toujours débrouillard, il en traduit certains en créole pour pallier cette lacune.

Pour autant, certaines particularités ne sont pas propres à la Réunion : « Je n’ai pas les mêmes concurrents qu’en métropole et je ne vends pas les mêmes produits à la même clientèle, mais ceci se retrouve aussi en métropole, selon les différences régionales », analyse l’entrepreneur.

Quentin Velluet

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