TimeFunding : investir de l’argent n’a jamais été aussi dépassé [Interview]

À l’heure où les levées de fonds sont parfois considérées comme un symbole de réussite, Elodie Hughes a décidé de prendre le contre-pied de notre époque en faisant passer la valeur argent loin derrière la valeur temps. 

Investir du temps et non plus de l’argent, comment vous est venue cette idée ?  

Depuis maintenant 3 ans, avec Pierre-Yves Larvor nous accompagnons dans nos différents métiers de plus en plus de jeunes entreprises. Quand j’ai cessé mon activité en agence de com digitale en 2016, plusieurs startups sont venues me voir avec des demandes et des besoins, qu’elles n’avaient le plus souvent pas les moyens de se payer. C’est donc à ce moment là que j’ai décidé de lancer TimeFunding.

C’est une alternative à la traditionnelle levée de fonds ?

C’est une alternative à un moyen de financer sa croissance. Le TimeFunding peut intervenir lorsqu’il n’y a pas de banque, pas de subvention, ou pas encore d’investisseur, certes. Mais c’est aussi une solution envisageable pour aborder le pivot, pour passer un moment critique, pour faire face à une croissance trop forte…

C’est une vraie demande de la part des entrepreneurs ?

Bien sûr. C’est une demande des entrepreneurs de compter parmi leurs équipes des esprits entrepreneurs. Et si l’on parle en plus de partager le risque, alors il est plutôt intéressant pour un chef d’entreprise de se sentir à ce point soutenu. Non seulement opérationnellement, mais aussi en terme financier puisque le TimeFunder prend un risque à ses côtés.

Qui sont ces TimeFunders qui acceptent de prêter un peu de leur temps ?

Souvent ce sont des cadres. Essentiellement parmi ceux qui ont déjà une expérience longue en entreprise. Mais en soit, cela peut être toute personne qui le souhaite.

L’une des cibles principales à conquérir actuellement est le groupe de conjoints d’expatriés qui ne travaille pas mais qui pourtant le souhaite. Ce groupe d’actifs souvent diplômés est un terreau de premier plan pour nous.

À part faire une bonne action et gagner un peu d’argent, quel est l’intérêt pour les experts ?

Posons-nous la question autrement. Il y a quelques jours, après une conversation avec des contacts de la Silicon Valley, la question de l’argent a été rayée de l’équation. Les usages qui doivent régir le TimeFunding relèguent l’argent à ce qu’il est : un « avantage » collatéral.

Il sera par exemple possible, prochainement, de remplir une mission de TimeFunding et d’offrir la rémunération de celle-ci à une ONG.

Une fois que l’on comprend ça, on peut mieux appréhender ce qui motive le TimeFunder : loin de s’acheter une place au paradis de la bonne conscience ou d’envisager devenir milliardaire, ce qui le motive en premier lieu, c’est l’action, c’est l’entrepreneuriat, c’est l’envie d’être de son époque, de parler collaboratif, et évidemment, in fine, de partager peut-être le gâteau du succès avec ceux qu’il a accompagnés.

Comment évaluez-vous la rémunération ? J’imagine que tous les experts ne se valent pas…

C’est exact. Et c’est précisément la raison pour laquelle nous n’évaluons pas une rémunération, mais le coût d’une mission. Nous aidons la startup à établir le budget de sa mission et nous le soumettons ensuite à des TimeFunders. De fait, l’ego et la valorisation d’une expertise nous importent peu : la mission est à prendre ou à laisser.

À charge pour nous de ne pas la décorréler des réalités de marché pour que les experts s’en saisissent, et aussi pour que nous gagnions notre croûte ! Mais c’est la justesse de l’évaluation qui prévaut. Il n’y a pas de négociation quand il n’y a rien à négocier…

Peuvent-ils choisir d’être gratifiés autrement que par une rémunération financière ?

Si l’on poussait notre parallèle avec nos amis des plateformes de crowdfunding on pourrait envisager qu’un collaborateur reparte non pas avec de l’argent mais avec un CD, un jardin d’intérieur ou une montre connectée qui parle chinois, mais pour l’heure, la meilleure comparaison que l’on peut faire avec le TimeFunding, c’est avec les plateformes de Crowd-lending : je prête, tu me rembourses. En l’occurrence, que je prête du temps ou de la monnaie, c’est la même chose.

Beaucoup de startups lèvent des fonds rapidement, certaines se plantent ensuite, qu’est ce que ça vous évoque ?

La levée de fonds comme fin en soi est l’une des maladies des apprentis entrepreneurs. Certains ne se voient entrepreneurs que le temps de lever les premiers deniers de leur seed money…

Heureusement, pour la plupart, ce n’est pas le cas. En cela, les échecs peuvent venir de plusieurs sources : montant levé trop faible, mésentente sur la stratégie, mauvaise appréhension de la crise de croissance….

C’est en tout cas un événement trop courant dans l’écosystème des startups selon moi.

Depuis que vous avez  lancé ce concept, vous avez assisté à de beaux succès ?

Évidemment ! Il n’y a pas si longtemps, on a matché une startup dans l’édition avec une attachée de presse pour faire parler d’elle. La sauce a tout de suite pris. La fondatrice de la startup était tellement heureuse de cette collaboration qu’elle a insisté pour faire à son tour du TimeFunding. On lui a donc présenté une startup de la FashionTech et là aussi l’alchimie s’est faite tout de suite. Les mêmes publics, les mêmes objectifs mais des produits différents. Ces histoires sont assez courantes, et c’est gratifiant d’y contribuer à notre échelle.

@Julie Galeski

Julie Galeski

Rédactrice pour Widoobiz, Julie Galeski couvre l'actualité des entreprises et des entrepreneurs. Amatrice de Taekwondo et passionnée de sciences-économiques, Julie Galeski tente d'apporter ses valeurs et sa culture dans ses actualités Entrepreneurs & Startups.

2 Commentaires
  1. Bravo de mettre en évidence que la levée de fonds n’est pas la finalité d’entreprendre. Nous faisons une étude sur les plus importantes levées de fonds sur Kickstarter et Indigogo dans les années 2011 à 2014. Or, la plus part des entreprises ne sont plus en opération ou n’ont jamais démarré.
    Autre maladie de l’entrepreneuriat actuel, est cette frénésie à faire des « pitches » et à se former à cela. On forme des comédiens pour des « castings » pas à des entrepreneurs.

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