Les projets éducatifs des 5 candidats : bienvenue au joyeux marché de l’éducation nationale

Au risque de passer pour une éternelle insatisfaite, après la lecture approfondie des programmes des 5 candidats « principaux », ma première réaction est de dire : c’est faible et décevant. De façon globale, les projets éducatifs sont décousus.

Aucun ne parle de l’essentiel : au fait, on veut laisser quels enfants à notre planète ?

Question intéressante, vous me direz. Je vous répondrai : question existentielle. Comment peut-on parler d’éducation sans commencer par répondre à cette question ? Chacun des programmes est assez représentatif de ce que l’on attend d’eux : plus de profs, plus d’égalité, plus d’autorité… Chacun fait sa recette, aucun n’a réfléchi au menu avant d’ajouter les ingrédients. En bref, tous manquent d’une véritable vision.

A proprement parler, ce n’est pas les programmes qu’il s’agit donc de commenter, mais plutôt des différents dosages d’Ingrédients, un peu comme sur un marché.

« Bienvenue au joyeux marché de l’éducation nationale » 

Stand 1 : « Des profs, qui a vu mes jolis profs ? » :

  • « Moi j’en veux 60 000 de plus », hurle Mélanchon…
  • « Ah ah, et bien moi 40 000, et ça suffira tu verras ! » rétorque Hamon.

Super, de nouveaux profs ! Mais attendez… ça veut dire beaucoup (beaucoup) de nouveaux candidats. De nouveaux candidats, ça veut dire qu’il faut que des jeunes veuillent devenir enseignants ? Mais comment fait-on ?

  • « Moi, je veux mieux les payer ! » se vante Fillon…
  • « Moi aussi », « Moi aussi », « et moi aussi », « OK, pourquoi pas » répondent les 4 autres.

C’est déjà ça me direz-vous. Oui, certes. Mais si vous n’aimez pas les brocolis, même en rajoutant de la crème dessus, ou en allant acheter les meilleurs brocolis de Paris, vous n’allez pas les apprécier pour autant. Et bien c’est pareil. Avoir des profs mieux payés, c’est comme avoir de bons brocolis, c’est déjà ça, mais au fond ça ne change rien. Les former différemment ? Les recruter différemment ? Leur permettre d’exercer leur métier différemment ? En gros, manger des carottes quoi. Malheureusement c’est trop innovant, on n’a pas ça ici, il va falloir changer de stand.

Stand 2 : «  Ici on vous offre la discipline, l’A-U-T-O-R-I-T-É. Pas cher, pas cher »

  • « Plus de téléphones portables en classe » nargue Macron…
  • « Nous, on supprime les allocs aux parents absentéistes et on remet l’uniforme, tu vas voir ils vont vite se calmer ! » réponds Fillon.
  • « Moi je veux pareil, mais on met le paquet ! J’enlève aussi les subventions aux enfants délinquants ! Et voilà. Je rajoute même dans mon panier le retour au respect du maître. Oh ! et un uniforme, s’il vous plait ! » crie Le Pen.
  • « Moi pareil, je veux l’uniforme aussi » enchaine Fillon.

C’est déjà ça me direz-vous. Quand tu cuisines et que ton plat n’a pas de goût, tu rajoutes du sel. Mais tu sais que trop de sel c’est mauvais pour ta santé, et qu’au fond ça ne sauve pas ton plat, il est fade, c’est tout… La prochaine fois, il vaudrait peut-être mieux repenser la recette. Et si le fait que les élèves n’écoutent pas voulait dire que le problème est plus profond ? Qu’il faut repenser la transmission ? Repenser l’organisation de la classe ? Peut-être que les élèves s’ennuient ou peut être qu’on ne parle simplement pas leur langue ?

Stand 3 : « Venez choisir vos anti-échecs scolaires. Ils sont tout frais ! »

  • « Moi je veux 3/4 du temps sur la lecture, le calcul, l’écriture, les grandes dates et grands personnages de l’histoire de la Nation et la géographie de la France. » entonne Fillon.
  • « Moi, je veux 50% de français. Vire-moi les langues et cultures d’origines. C’est mieux comme ça » réplique Le Pen.
  • « Ok, alors rajoutez-moi aussi la fin de l’interdiction des devoirs. La mesure que personne ne respecte, oui, bien abrogez-la : devoirs pour tous ! » rajoute Fillon.

C’est déjà ça me direz-vous. Là c’est simple, tu as raté ton gigot d’agneau. Du coup tu te dis : la prochaine fois, je mets que de l’agneau. Rien d’autre. Rien, Rien, Rien, je veux revenir à l’essentiel, ne prendre aucun risque. Il est fort probable que le gigot ne sera pas fameux non plus. Car on le sait, tout est question de dosage. Il ne suffit pas de restreindre l’apprentissage, mais de le rendre agréable et plaisant ! Si on apprend 3/4 du temps quelque chose que l’on apprend mal… ça ne changera rien (oui, 0 x n’importe quoi = 0 ). Par contre, si on apprend l’art, et que l’on se passionne pour les tableaux de Van Gogh, on va pouvoir apprendre les maths (les nuances de Van Gogh utilisent toutes les fractions pour créer ces couleurs si particulières), on pourra faire facilement du français, de l’histoire… Bref, refaire le gigot avec des ingrédients différents pour valoriser cette viande qui ne demande que ça.

Stand 4 : « Ici tout le monde pèse pareil, super balance en libre-service, venez, venez »

  • « TOUT, TOUT et TOUT sera gratuit pour l’école. Je veux la cantine, le matériel, TOUT de gratuit dans mon panier s’il vous plait ! Rajoutez-moi un droit de scolarisation dès 2 ans, et une nouvelle carte scolaire. » demande fièrement Mélanchon.
  • « Moi aussi je veux la scolarisation dès 2 ans, mais je veux aussi un service public de soutien scolaire pris en charge par les enseignants. » réplique Hamon.
  • « Moi aussi je veux une prise en charge pour tous après l’école, mais je veux aussi 12 élèves par enseignants en CP dans les ZEP » rajoute Macron.

-> C’est déjà ça me direz-vous. Plus d’égalité, tout le monde pareil. Youpi. Mais si on donne la même bouillie sans goût à tout le monde, ce n’est pas vraiment une solution. Et si avec les ingrédients on pouvait créer un plat goûtu, et cela, pour tout le monde ? Impossible ? Pas si sûr… mais, il faudrait oser. Il faudrait regarder un peu ce qu’il se passe ailleurs, aller piquer des épices lointaines, visiter des cuisines innovantes qui fonctionnent, lire les dernières recherches culinaires… Mais on n’a pas ça sur ce marché. Faudrait oser…

Stand 5 : « Nouveaux, tous les ingrédients sont frais et nouveaux, allez venez »

– « Je veux développer massivement l’alternance et rendre la formation professionnelle plus efficace, moins opaque et moins coûteuse » hurle Le Pen.

–  «  Nous donnerons plus d’autonomie aux équipes éducatives. Elles seront suivies et évaluées. On va même adapter la formation des enseignants à ce nouveau cadre » annonce Macron en souriant.

– « Nous, on va les former les profs tout au long de leur vie ! Je voudrai un grand plan de formation continue des enseignants dans mon panier s’il vous plait ! » réplique Hamon.

-> C’est déjà ça, me direz vous. Je suis d’accord, mais on en attendait plus. Si vous mettez des tomates périmées à rissoler avec la meilleure huile d’olive de provence, le plat reste immangeable. C’est un début, ces idées qui par nature portent les germes d’une éducation adaptée au 21ème siècle, doivent faire partie d’une vision claire, audacieuse, complète et cohérente. Là, on ne savoure pas  l’huile d’olive à sa propre valeur, et c’est terrible !

La France mérite plus qu’un « c’est déjà ça » pour les projets éducatifs. Et c’est urgent. Non seulement nous le méritons, mais nous l’exigeons. L’éducation dans sa globalité devrait être la moelle épinière des projets des candidats. Comment faire face au chômage ? L’éducation. Comment sauver la planète du réchauffement climatique ? L’éducation. Comment assurer un meilleur climat social ? L’éducation. Tout, tout, tout puise son énergie et ses fondements dans l’éducation. Ce n’est qu’à partir de ça qu’on sera capable de construire la suite. Mais rassurez-vous, on n’a pas attendu les politiques pour imaginer le menu, on a juste besoin d’eux pour se joindre à notre table !

Heloïse Pierre

Déclic et des Trucs

Heloïse Pierre

Héloïse est la co-fondatrice et CEO de Déclic et des Trucs, éditeur d'activités éducatives pour apprendre en faisant. Redonner aux enfants le pouvoir de faire, des comprendre et de s'épanouir, tel est son crédo.

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