Pour la première fois, un Premier ministre assiste à la traditionnelle université d’été du Medef qui marque la rentrée effective des dirigeants d’entreprises. Et, si Jean-Marc Ayrault y a mis la forme, les dirigeants présents restent sur le fond plutôt sceptiques.

Jean-Marc Ayrault discours patrons

« On ne construit pas l’avenir de notre pays sans parler ». Jean-Marc Ayrault n’a pas tardé pour répliquer à Jean-Luc Mélenchon qui l’a accusé au micro de France info, de faire des « risettes » au patronat. Voilà pour les petites phrases. Pour le reste, face au parterre de chefs d’entreprises réunis pour l’écouter, Jean-Marc Ayrault a tendu la main : « c’est dans un esprit d’ouverture et de confiance que je me présente devant vous ».

Concrètement, rien ne transparaît de nouveau dans ce discours « inédit ». Il faut dire, l’essentiel des réformes structurelles vient après. Cependant, Jean-Marc Ayrault l’a dit et répété : il veut « mobiliser ». Mais également « accélérer le rythme » des négociations entre partenaires sociaux sur la sécurisation de l’emploi. Car, « le gouvernement se réunira dès la deuxième quinzaine d’octobre pour arrêter les décisions » explique-t-il.

« Léger, trop léger ! »

Autrement dit, le temps presse ! Mais la patronne des patrons l’a précisé, sur un ton aimable mais ferme : « nous ne faisons pas semblant d’aller mal». Pour l’illustrer, Laurence Parisot évoque la faiblesse du taux de marge brut, d’autofinancement « au plus bas depuis le début des années 90».  Au final, conclue la dirigeante du Medef :« nous nous sentons comme l’albatros de Baudelaire ». Façon sibylline et poétique de dire que les chefs d’entreprise se sentent mises à l’écart des priorités du gouvernement.

Un sentiment partagé chez bon nombres d’entrepreneurs présents pour l’occasion : « léger, trop léger ! » assènent les uns. Les autres évoquent le « décalage » du 1er ministre sur le thème du numérique, absent du discours. Emmanuel, cofondateur d’une TPE qui offre des prestations de ressources humaines adaptés aux PME, manifeste même un air désabusé : « c’est bien beau de parler, mais à quand les actes ! ». Le gouvernement n’a pas fini de vouloir séduire les dirigeants d’entreprises.

Tancrède Blondé