Entrepreneur passionné, Guillaume Belmas a tout misé sur Realytics. La startup propose aux marques d’analyser les performances de leurs spots TV suite à leurs diffusions. Un pari risqué, puisqu’il repose sur un média qui a moins le vent en poupe, mais un pari gagnant.

Le journal de 13 heures, les émissions de divertissement présentées depuis quarante ans par le même animateur ou encore le téléshopping… Dans la grande famille des médias, la télévision occupe parfois la place de grande sœur has been. À l’heure des réseaux sociaux, de Netflix et du streaming, se poser devant son poste de télévision revient presque à s’éclairer à la bougie pour les nouvelles générations, les digital natives en tête. Mais ne s’arrêtant pas à ces clichés, une petite équipe d’irréductibles a décidé de résister aux préjugés et de proposer un nouvel outil pour mettre au même niveau la publicité diffusée à la télévision et sur internet.

« La télévision n’est pas sur le déclin, c’est le digital qui grossit »

Tout commence en 2014, quand Guillaume Belmas et trois associés lancent leur boîte, Realytics.  Très vite, leurs ambitions sont soutenues par le Numa et Bpifrance. « Nous avons fait partie de Bpifrance Le Hub. Cela nous a apporté de l’aide concrète. C’était une très bonne surprise, car nous avons travaillé avec des personnes très opérationnelles et adaptables », souligne le chef d’entreprise. Grâce à de belles mises en contact notamment, les choses s’accélèrent.

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Pour se déployer, la jeune équipe part d’un constat : sur internet, les sociétés qui le souhaitent peuvent bénéficier d’analyses en temps réel de leur publicité et de son impact direct en termes de ventes. Mais à la télévision, les marques qui diffusent leurs spots sont surtout à la recherche de notoriété et ignorent totalement ce que cette campagne peut générer comme business. « C’est paradoxal, car aujourd’hui, la grande majorité de la population possède un smartphone, et quasiment tout le monde l’utilise devant la télévision et généralement en interaction avec celle-ci », s’étonne Guillaume Belmas, le CEO et fondateur de la startup. Avec notre système, nous mesurons en temps réel l’impact d’une publicité télé sur un site internet en termes de visites, de téléchargements ou d’achats », explique-t-il.

Et quand on le titille en soulignant le côté un peu poussiéreux de la télé, Guillaume Belmas a une réponse toute trouvée : « La télévision n’est pas sur le déclin, c’est le digital qui grossit, c’est différent ». En effet, il y a toujours le traditionnel poste de télévision dans le salon, mais maintenant il y a aussi le replay, la VOD et la multiplication des écrans (tablettes, ordinateurs, smartphones). « La télévision est un média qui se transforme, qui s’adapte à son temps. Oui, les jeunes de 15/25 ans ont une durée d’écoute plus courte, mais ils n’ont pas arrêté de la regarder, ils ont juste changé de support », analyse Guillaume Belmas.

« Nous voulons dépoussiérer la télé »

Alors certes, la télé n’est pas ringarde, mais elle n’en reste pas moins un vieux média, qui a des modes de fonctionnement à l’ancienne, notamment au niveau publicitaire. « Quand nous sommes arrivés avec notre volonté de dépoussiérer la publicité à la télé, nous avons été confrontés à ce monde très normé. Beaucoup de personnes n’arrivaient pas à concevoir que les choses puissent évoluer. Ils avaient peur qu’on leur pique leur job », se rappelle le CEO.

Aujourd’hui, l’entreprise a fait son trou. Realytics emploie 35 personnes à Paris et travaille notamment avec TF1, la plus grosse régie d’Europe. Mais pour Guillaume Belmas, pas question de se reposer sur ses lauriers. « Beaucoup de choses vont se passer dans le secteur. Dans quelques années, il y aura du ciblage : chaque téléspectateur aura des publicités personnalisées sur son poste, et ce n’est que le début. » La télé est en effet loin de rendre les armes. Selon une étude Dimension 2018 – Kantar Media, 96 % des consommateurs connectés dans le monde regardent encore la télévision sur un téléviseur.

Hélène Faucher

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