Les incubateurs sont-il voués à disparaître ?

Les incubateurs sont-il voués à disparaître ?

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Incubateurs, accélérateurs, pépinières… Pour se lancer, les startups ont l’embarras du choix. Entre 2009 et 2019, le nombre de structures accompagnant les jeunes pousses a été multiplié par cinq dans le monde. Alors où en est ce marché si florissant et à quoi ressemblera-t-il dans quelques années ? Réponse avec Anne Bioulac, Senior Partner en charge des activités et co-gérante du bureau de Paris chez Roland Berger, cabinet de conseil en stratégie.

Votre étude se penche sur l’évolution du marché des accélérateurs et des incubateurs. Comment se porte ce secteur ?

Anne Bioulac : C’est un marché qui s’est extrêmement développé au cours des dix dernières années, avec une vraie accélération en 2009. Depuis cette date, le nombre d’incubateurs et d’accélérateurs a été multiplié par cinq partout dans le monde. On observe toutefois un ralentissement depuis 2017. C’est suite à ce coup de frein que nous avons décidé de réaliser cette étude, car nous nous interrogions sur la façon dont allait évoluer ce secteur en pleine mutation.

Entre 2009 et 2018, le nombre d’incubateurs et d’accélérateurs a été multiplié par cinq.

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Anne Bioulac, Senior Partner en charge des activités et co-gérante du bureau de Paris chez Roland Berger, cabinet de conseil en stratégie

Comment expliquez-vous ce pic en 2009 ?

AB : C’est tout simplement le moment où le phénomène startup a réellement commencé. C’était dans un contexte post-crise financière : les marchés se remettaient doucement en place, les investissements sont repartis et se sont repositionnés sur les jeunes pousses. C’est dans cette mouvance-là que les investisseurs sont allés chercher des nouvelles formes d’innovation et que ces structures se sont construites pour accompagner les startups.

Pourquoi sommes-nous arrivés à un ralentissement en 2017 ?

AB : Ce phénomène a trois explications. Tout d’abord, le nombre d’incubateurs et d’accélérateurs est arrivé à un plafond. Ensuite, l’entrée sur le marché des grandes entreprises qui ont créé leurs propres incubateurs. Et enfin, les Ventures Capitalists qui ont étendu leur proposition de valeur pour ne plus fournir que du cash, mais aussi de l’accompagnement.

49 % des accélérateurs et des incubateurs proposent des programmes internationaux.

Selon vous, à quoi va ressembler l’avenir pour les incubateurs et les accélérateurs ?

AB : Nous tablons sur une stabilisation voire une consolidation du marché. Mais il n’est pas impossible qu’il continue à se développer dans certaines zones à l’instar de marchés plus matures, comme celui des États-Unis. Là-bas, on assiste à une spécialisation des incubateurs et des accélérateurs. À la base très généralistes, ils deviennent de plus en plus pointus pour attirer les meilleurs candidats. Ce sont les secteurs pharmaceutiques, technologiques, de la finance, de la fintech, du retail, de l’IA ou encore de la cybersécurité qui sont précurseurs dans ce domaine. Deuxième phénomène que nous observons : l’internationalisation. Les structures développent de plus en plus d’antennes dans d’autres pays et cela pour deux raisons : chercher de nouveaux talents et trouver d’autres marchés de sortie pour leurs jeunes pousses.

Enfin, si on pense à l’avenir, on doit forcément se tourner vers l’Afrique. Ce continent va connaître une explosion du nombre d’incubateurs et d’accélérateurs dans les années à venir pour accompagner le développement de cette terre d’entrepreneuriat.

La part d’accélérateurs et incubateurs spécialisés dans une technologie spécifique (big data, mobile, IA, cybersécurité) est de 35 % dans le monde.

Un futur sans incubateurs et accélérateurs, c’est envisageable ?

AB : Les modèles d’aujourd’hui n’existeront sans doute plus dans dix ans. Sauf autour de secteurs ou de technologies bien particulières comme l’IA. Ce que nous envisageons, c’est un rapprochement entre incubateurs/accélérateurs et le monde académique. On peut citer l’exemple du Cambridge Innovation Center à Boston, qui aspire tout un écosystème et rassemble startups et chercheurs. En France, certaines écoles (comme Paris Tech ou l’ENS) développent leurs propres structures. Le but est d’aller plus loin qu’un simple accompagnement doublé d’un coaching.

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