« Nous appelons à la continuité économique », Fabrice Le Saché, Vice-Président et porte-parole du Medef

« Nous appelons à la continuité économique », Fabrice Le Saché, Vice-Président et porte-parole du Medef

Que ce soit pour nourrir les Français, produire du matériel pour les soignants ou tout simplement éviter que le pays ne s’effondre… La France a besoin de ses entreprises pour vaincre le coronavirus. C’est le message de Fabrice Le Saché, Vice-président et porte-parole du Medef. Entretien.

Nous vivons une crise sanitaire historique. Comment le Medef accompagne-t-il concrètement les chefs d’entreprise pendant cette période ?

Fabrice Le Saché : Avec cette épidémie de Covid-19, nous avons vécu un choc très brutal et très violent. Un grand nombre de secteurs ont été fortement fragilisés. Nous avons donc absolument besoin de mesures d’urgence, de mesures ‘airbag’ pour amortir cette déflagration et espérer passer le cap de cette crise avec le moins de dégâts possibles. Dès les premières heures de l’épidémie, nous avons travaillé avec le gouvernement pour reporter des échéances fiscales et sociales, voire, dans les cas les plus graves, pousser pour qu’il y ait des dégrèvements. Ensuite, nous nous sommes concentrés sur un deuxième pôle de mesures concernant le chômage partiel. Le but de ce dispositif : faire en sorte que les entreprises en difficulté puissent garder leurs salariés et ne pas mettre la clé sous la porte. Le troisième volet concerne les crédits avec le plan de 300 milliards du gouvernement. À cela s’ajoute l’intervention de la Bpi qui propose de garantir des prêts aux banques privées. Cette mesure permet aussi de geler des échéances de remboursement de crédit, par exemple. On peut aussi citer d’autres aides comme le gel des loyers, le crédit interentreprise, la notation des entreprises… Ces mesures s’adaptent bien sûr en fonction de l’évolution de la crise que nous suivons heure par heure.

En tant qu’organisation représentative des entreprises de France, quel message avez-vous envie de faire passer à la société ?

FLS : Nous appelons à la continuité économique. Pour utiliser une image que tout le monde comprendra, c’est inimaginable d’avoir des lignes de front qui ne sont pas approvisionnées par la base arrière. Nous avons besoin, pour avoir des hôpitaux et des transports qui tournent, d’approvisionner la population en vivres. Nous avons besoin de personnes qui font les cartons, de stations-services, de personnes qui ramassent les poubelles, de gens qui nettoient… En fait, nous avons besoin des héros quotidien de l’entreprise, pour que le pays puisse tourner. C’est donc essentiel que les salariés aillent sur leur lieu de travail à partir du moment où les conditions de sécurité sont réunies. C’est un point vraiment important, car dans les consignes qui ont été données par le gouvernement, il y a pu y avoir, chez certains, la sensation d’une absence de clarté. Pour nous, c’est assez clair : si on n’a rien à faire dehors, on doit être chez soi. Lorsqu’on est un salarié, on doit être mis en télétravail. Si le télétravail n’est pas possible, on doit se rendre sur son site de travail à partir du moment où les conditions de sécurité sont réunies. C’est pour cela qu’on demande des masques, des gels pour protéger les salariés. Et si rien n’est possible, il y a le chômage partiel.

« Les entreprises doivent être responsables et exemplaires. »

Votre appel à « produire impérativement » est-il vraiment compatible avec l’état d’urgence sanitaire dans lequel nous sommes ?

FLS : Ce que nous disons est très clair et très simple. Les entreprises doivent être responsables et exemplaires. C’est-à-dire relayer tous les gestes barrières préconisés par les autorités sanitaires, réorganiser les postes de travail pour respecter ces gestes, contrôler leur bonne mise en place… Je ne connais pas un seul chef d’entreprise qui souhaite mettre en danger ses salariés. Au contraire, ils ont intérêt à ce que leurs employés se portent bien, qu’ils puissent produire dans les meilleures conditions, donc qu’ils soient heureux…. Alors aujourd’hui on ne parle pas de bonheur, mais bien de continuité du devoir. Parce que si l’économie ne tourne pas, cela va être très compliqué de tenir. Il faut absolument qu’il y ait une continuité économique, un service minimum. Cela ne fait pas plaisir à un anesthésiste ou un réanimateur de travailler 15 heures par jour, ni de le faire dans des conditions difficiles. Pourtant, chacun doit faire sa part de travail, les entreprises y compris.

Pour vous, le chef d’entreprise est le soignant de l’économie au même titre que le personnel médical qui traite l’épidémie ?

FLS : Bien sûr ! Il faut comprendre une chose aujourd’hui : nous devons absolument réussir les deux en parallèle. Il faut vaincre cette guerre contre le virus, et pour cela nous avons besoin des entreprises. Regardez les hôpitaux ! Qui est en train de produire, sur ses chaînes de production, les respirateurs artificiels si ce n’est une entreprise française (Air Liquide, ndlr) ? Qui est en train de produire des masques ? 40 PME du secteur textile. Qui a donné aux hôpitaux des gels hydroalcooliques ? C’est une évidence, s’il n’y a pas de production, s’il n’y a pas d’entreprises, le pays s’effondre. Donc il faut qu’il y ait des gens qui travaillent, avec des mesures de sécurité appropriées secteur par secteur, entreprise par entreprise, site par site. Nous sommes très vigilants sur ce point.

« Il faut rassurer les salariés. »

Vous avez fait des annonces conjointement avec les syndicats, c’est l’union sacrée en ce moment ?

FLS : C’est l’union tout court. Je ne peux pas imaginer qu’il en soit autrement en ce moment. Oui, nous avons un dialogue avec les syndicats car nous devons, dans un moment de crise comme celui-ci, avoir plus d’échanges qu’à l’accoutumé. C’est essentiel de pouvoir dialoguer. C’est pourquoi nous avons signé vendredi 20 mars avec cinq syndicats nationaux représentatifs et deux autres mouvements patronaux une déclaration commune pour solennellement indiquer que l’on aura une interaction extrêmement étroite. Et c’est bien normal. Il faut aussi rassurer les salariés. Tout le monde est de bonne volonté, il faut qu’on le fasse ensemble.

Selon vous, les mesures annoncées par le gouvernement sont-elles suffisantes et pertinentes ?

FLS : Nous sommes dans une période d’union, même si de temps en temps il y a des crispations. Nous avons eu un gouvernement plutôt à l’écoute et de bonne volonté. Ce n’est pas pendant la bataille qu’on se pose beaucoup de questions ou qu’on fait des procès aux uns et aux autres. Je pense que pendant la bataille, nous devons être concentrés sur une chose : la victoire, l’efficacité. C’est après qu’on verra s’il y a des choses qui auraient pu être améliorées. Aujourd’hui, une seule chose compte, c’est mettre toute notre énergie pour vaincre le virus et faire tourner l’économie.

La crise de 2020 sera-t-elle pire que celle de 2008 ?

FLS : Je ne lis pas l’avenir, mais aux vues de ce qui se passe en ce moment, je dirais que oui, ça va être pire. Cette crise touche tous les pays, qu’ils aient des systèmes financiers ou pas, elle a un impact sur tous les secteurs, tous les territoires… C’est vraiment différent d’une crise financière.

« Au-delà de la gestion immédiate de la crise se pose la question de la relocalisation des productions et de notre souveraineté économique. »

Même si le confinement ne fait que commencer, il faut penser au jour d’après. Avez-vous déjà des mesures en tête pour l’après Covid-19 ?

FLS : Nous pensons bien sûr à l’après, même s’il y a une priorisation à faire avec les urgences actuelles. Après cette crise, il faudra forcément une relance, parce que dans deux ou trois mois, la reprise va être difficile. On ne pourra pas assaillir les entreprises avec tous les reports qu’elles auront accumulés en plus de leurs charges usuelles. Mais gardons en tête que les pays asiatiques, qui concentrent 55 % du PIB mondial, repartent tous… Le 3 mars dernier, la Chine était à un peu plus de la moitié de ses capacités de production industrielle, aujourd’hui elle est aux deux-tiers. Idem pour la Corée du Sud, Hong Kong, Taiwan, Singapour… L’économie repart. Donc, la nôtre repartira, c’est certain.

Cette période n’est- elle pas l’occasion de prendre du recul sur notre société actuelle ?

FLS : Au-delà de la gestion immédiate de la crise se pose la question de la relocalisation des productions et de notre souveraineté économique. Cela, le Medef y pense depuis un an avec l’installation, à l’initiative de notre président Geoffroy Roux de Bézieux, d’un comité de souveraineté économique et de sécurité des entreprises. C’est une question qui est au cœur de nos réflexions. Il faut trouver le modèle d’une mondialisation un peu différente de celle qui s’est structurée dans notre monde ces dernières années.

Quel message avez-vous à faire passer aux chefs d’entreprises ?

FLS : Nous appelons à la solidarité dans cette période difficile. Régler ses fournisseurs, quand cela est possible, est crucial pour la continuité économique et la survie de nombre de nos entreprises. Parce que si tout se grippe et tout se bloque, on va juste aggraver les choses, et ce n’est pas ce qu’on souhaite. Dans ma propre entreprise, j’ai publiquement indiqué qu’on paiera tous nos fournisseurs dans les délais impartis et ce de façon très stricte. Et plus il y a de chefs d’entreprises qui le feront, moins nous serons dans la difficulté collective. Aussi, ayez un comportement éthique et responsable. En ce moment c’est tout ce dont on a besoin.

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