« Réussir c’est facile… Il suffit juste de tout sacrifier ».  Portrait d’Anthony Bourbon, fondateur de Feed

« Réussir c’est facile… Il suffit juste de tout sacrifier ».  Portrait d’Anthony Bourbon, fondateur de Feed

Anthony Bourbon est arrivé sur le marché français sans prévenir et surtout sans demander la permission. Sur un segment aussi patrimonial que celui de la gastronomie en France, proposer des repas en poudre, à diluer dans l’eau, c’était l’assurance de recevoir des coups, beaucoup de coups. Ça tombe bien, Anthony Bourbon aime casser les codes.

« Pendant 25 ans, j’ai échoué »

Il y a les parcours classiques, normés, efficaces. Au petit jeu du portrait-robot du start-uppeur français, on aurait donc un homme, trentenaire, issu si possible d’une école de commerce, ayant trouvé l’idée qui révolutionnerait le monde au cours d’une soirée de fin d’études. Et puis il y a Anthony Bourbon. Une enfance dans un milieu social pauvre, une adolescence de galère, auront forgé en lui une résilience et une ambition peu communes. Dès l’âge de 18 ans, il crée ses propres sociétés : immobilier, import/export, investissements financiers, puis Feed, en janvier 2017. Le Cv détonne dans le monde très normé de la FrenchTech.

Au fil des années, l’entreprise de la débrouille des premières heures se développe dans l’immobilier. Achats puis reventes d’appartements rénovés, puis d’immeubles, puis de terrains. Et avec la réussite, les galères naturelles du business man. Déplacements à répétitions, manque de temps… et malbouffe. Feed était né.

Il aura suffi d’un tableur Excel et de quelques centaines voire milliers d’heures de travail. Posé dans la balance, l’ensemble des besoins nutritionnels nécessaires à un homme ou une femme pour un repas. Des premiers tests, en passant par les premiers ateliers entre amis, tout va très vite. Et les fameuses levées de fonds s’enchainent : 500 000 euros, puis 3 millions puis 15 millions. L’affaire est lancée. D’abord digital, Feed s’implante et attaque le marché avec 5 000 points de vente dans près de 40 pays. La clé du succès : une sorte d’esprit de revanche, une équipe fédérée autour d’une volonté sans faille de réussir, de prouver que ces trajectoires sont possibles, pour tous.

Si le terme de revanche est peut être excessif, il est certain qu’Anthony Bourbon a des choses à prouver, une sorte de mission. Loin des promesses faciles, mirobolantes et fantaisistes, d’une réussite rapide, il porte cette parole de difficulté, comme un message à contrecourant de l’enthousiasme ambiant. Aux jeunes générations qui souhaitent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, il n’offre que de la sueur, une forme de bon sens paysan. Et de citer Churchill « Si tu traverses l’enfer, ne t’arrête pas. »

 « C’est toujours intéressant d’être clivant »

C’est que l’homme ne se reconnait pas dans le cercle fermé des start-uppers parisiens. Ce n’est pas son monde.  Il se pose en exemple, celui d’un enfant des classes modestes, qui, à force de travail, s’est extrait de sa condition. Le mythe du self made man américain n’est pas loi, il ne s’en cache pas. Comme il ne se cache pas d’avoir cassé les codes de l’alimentation. A ceux qui critiquent son produit, la réponse est efficace. Surpoids, mal nutrition, carence comme autant de défis que n’auraient pas relevés les industriels du secteur. Feed n’est donc pas entré sur le marché par la grande porte, il a, volontairement choisi de faire exploser les cloisons, quitte à se créer des inimitiés.

« Le pire pour nous, devenir une entreprise normale »

Cette violence, Anthony Bourbon s’en est servie. Campagne de communication volontairement clivante, recherche des buzz bons ou mauvais, voilà ce que furent les premiers mois de Feed. Aujourd’hui, alors que l’entreprise intègre le FrenchTech 120, pas question d’entrer dans l’âge de raison. Pas question non plus de gérer l’existant. « Comme ça marchait, on change tout ». Terminé donc le produit phare, la bouteille Feed. Terminées aussi les 25 tonnes annuelles de plastiques produites. Feed se réinvente.

Sachet en papier 100% recyclable, diminutions drastiques des sucres, amélioration des recettes… comme autant de réponses adressées à un marché de plus en plus exigeant. Au-delà du produit, Feed veut aujourd’hui entrer dans le club très fermé des entreprises inspirantes, de ces entreprises qui disent quelque chose de celui qui les consomme. Feed veut permettre à chacun d’avoir le temps de réaliser ses rêves. Le défi est de taille. Pas de quoi effrayer Anthony Bourbon, vraiment pas.

 

 

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