« Il y a des travailleurs qu’on oublie, ce sont les chefs d’entreprise. » Entretien avec François Asselin, président de la CPME

« Il y a des travailleurs qu’on oublie, ce sont les chefs d’entreprise. » Entretien avec François Asselin, président de la CPME

Président de la CPME, la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises, François Asselin délivre un message fort pour la protection du triptyque qui maintient l’économie debout : le salarié, l’entreprise et le chef d’entreprise.

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Comment faire pour protéger du virus les salariés qui continuent à travailler ?

François Asselin : La première des protections est physique. Dans tous les métiers où le télétravail n’est pas une option, il faut qu’on puisse protéger leur santé. La CPME est comme beaucoup de Français : un peu interloquée de voir que malheureusement, on n’a pas eu, et on n’a pas encore, le pouvoir de les rassurer. La deuxième chose, c’est de les protéger économiquement. Et là, on doit reconnaître que le Gouvernement a quand même pris de bonnes mesures. Que ce soit au niveau de la santé ou de la protection économique.  Mais il y a d’autres travailleurs qu’on oublie : ce sont les chefs d’entreprise eux-mêmes. Il faut qu’ils aient les moyens de protéger leur santé. Nous sommes des êtres humains comme nos salariés. On ne peut pas mener une guerre sans protéger et rassurer toute la chaîne de commandement constituée des cadres et des chefs d’entreprise.

Pour vous, on parle de mesures pour protéger les salariés, pour protéger les entreprises, mais on ne parle pas du patron ?

FA : Non. Pourquoi ? Parce que d’abord le patron est souvent indépendant, il a un statut TNS, c’est-à-dire Travailleur Non Salarié. Donc protéger un patron, c’est beaucoup plus compliqué que de protéger un salarié qui est encadré par un statut qui est bien défini. La vie et la rémunération du TNS dépendent de la bonne marche ou pas de son entreprise. Donc en ce moment, si elle est arrêtée, il a de quoi être inquiet pour son activité professionnelle, mais aussi pour sa propre rémunération qui s’envole. Et puis, il faut protéger le chef d’entreprise dans sa responsabilité. Aujourd’hui, un patron qui fait travailler ses collaborateurs se doit de protéger leur santé avec les gestes barrières et les mesures de sécurité nécessaires. Mais rien ne garantit que dans l’entreprise qui fonctionne encore, il n’y ait pas de risque épidémique. Ce risque est écrasant pour un chef d’entreprise qui est pénalement responsable de la santé de ses salariés.

« Les chefs d’entreprise sont des combattants dans l’âme. »

Que fait la CPME pour soutenir les entreprises pendant cette période de crise ?

FA : Nous sommes avant tout un réseau de proximité. Il y a des CPME dans toutes les régions, dans tous les départements, y compris dans les territoires ultramarins. Quand on est président d’une CPME, on est le premier des serviteurs. Donc, dans une période comme celle-ci, on se doit d’être au contact, d’être au service de tous nos adhérents et même au-delà. Un entrepreneur qui aujourd’hui souffre, nous n’allons pas chercher à savoir s’il est adhérent ou pas. On se doit de l’accompagner, de l’aider et de l’informer, c’est notre mission.

Vous êtes vous-même chef d’entreprise de SAS Asselin, une entreprise de menuiserie et charpente, vous continuez à travailler ?

FA : Au moment où je vous parle, tous mes chantiers sont fermés. Par contre j’ai la chance d’avoir trois ateliers qui tournent à effectif réduit, avec 6 personnes par atelier. Une partie des fonctions support de l’entreprise est en télétravail, et le reste des salariés est soit en RTT, soit en congés, soit au chômage partiel.

Les mesures du Gouvernement sont-elles suffisantes selon vous ?

FA : Selon moi, ce sont les bonnes mesures. Mais c’est vrai que la position du responsable d’entreprise et de ses délégataires reste très problématique dans le contexte actuel. Non pas qu’on veuille s’affranchir de nos responsabilités. C’est tout l’inverse. Les chefs d’entreprise sont des combattants dans l’âme. Mais on aime assumer notre responsabilité, toute notre responsabilité, mais celle qu’on peut maîtriser. Or, celle-ci nous échappe, donc il faudrait le sécuriser. Au-delà de ça, les mesures sont plutôt bien pensées. Le plus important, c’est qu’il y ait une bonne mise en place de celles-ci.

« Beaucoup de PME vont sortir rincées, voire ruinées de cet épisode. »

Certaines entreprises donnent une prime à leurs salariés pour aller travailler. C’est une mesure à démocratiser selon vous ?

FA : L’immense majorité des entreprises, et surtout les PME, seront dans l’incapacité de pouvoir récompenser elles-mêmes les salariés qui travaillent en ce moment. Elles vont sortir rincées, voire ruinées de cet épisode. Donc, pour celles qui pourront le faire, c’est très bien, il faut s’en féliciter, mais ce n’est pas à la hauteur des enjeux. Nous, ce que nous avons défendu à la CPME, c’est une sorte de reconnaissance de la Nation pour ceux qui sont obligés de sortir de leur domicile pour aller travailler. Et il y aurait un moyen très simple de le faire : en proposant un salaire net de charge. C’est-à-dire que le brut soit du net pour ces travailleurs.

Êtes-vous optimiste ou pessimiste sur le sort des PME pendant cette période ?

FA : Je suis réaliste ! Le président de la République a dit qu’il n’y aura pas de dépôt de bilan… C’est une grande et belle promesse, mais qui malheureusement ne sera pas, dans les faits, tenue. Certaines entreprises qui étaient déjà fragiles ont subi l’impact des gilets jaune, des grèves de fin d’année et nous arrive de plein fouet le coronavirus… Donc je ne suis ni pessimiste, ni optimiste, je suis réaliste. Je pense beaucoup aux entreprises qui sont dans une situation compliquée. Notre rôle est de voir au cas par cas comment on peut les sauver.

Quel message voulez-vous adresser aux entrepreneurs ?

FA : Nous avons une ambition pendant cette période : protéger nos salariés, protéger la personne du chef d’entreprise et ses délégataires et protéger l’entreprise. C’est notre unique objectif.

 

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