Une opinion sur tout, une opinion sur rien

Une opinion sur tout, une opinion sur rien

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Widoobiz donne la parole à Clepsydre, la tribune étudiante de Kedge Business School .

« Je préférerais perfectionner mon silence plutôt que de proférer des opinions. » Cette affirmation de l’écrivain Philippe Lançon est le point de départ de notre réflexion autour du jugement, une controverse très inspirée de son texte au micro d’Augustin Trapenard pour France Inter dont je citerai de nombreux passages et que je vous invite vivement à lire !

Devenu une obsession contemporaine, émettre des jugements et des opinions sur tous les sujets possibles sans censure ou légitimité est la pierre angulaire de nos discussions quotidiennes. Prises de décisions diverses, faits scientifiques, économiques, écologiques, sociaux ou même d’actualité, cas de conscience individuel : tout est constamment passé au crible de nos certitudes et convictions. Pourtant personne n’envisage la vérité sous le même angle. D’ailleurs, si chacun prétend détenir un avis authentique et juste, il n’émet en réalité des opinions qu’à la lumière de son savoir individuel, ses mœurs et son éducation. L’essor de l’information et de la connaissance instantanées offertes par les réseaux sociaux et les sites divers et variés, confère d’ailleurs une certaine crédibilité à quiconque veut se prétendre savant omniscient concernant n’importe quel sujet.

Dans cette optique, un jugement viable supposerait finalement de jouir de deux éléments : la compétence dans le domaine concerné et l’impartialité. Pourtant ces deux compétences sont aussi nuançables que le besoin d’émettre des avis est, par nature, intrinsèque à l’homme. Ce que met en lumière Philippe Lançon à travers son texte n’est donc pas ce besoin irrépressible de juger mais la fâcheuse tendance sociétale à stimuler l’effusion d’avis antagonistes, répertoriés et classifiés. Chacun appartiendrait à des cases bien définies et reconnaissables : être de droite/gauche, être végétarien, être écolo, etc. Cela va même plus loin, notre environnement nous dicte une ligne de conduite, ce qui est valorisable ou non :

“ On me dit ce qu’il faut penser de Macron, mais je n’en sais rien.

 On me dit ce qu’il faut penser de Mélenchon, mais je n’en sais rien.

On me dit ce qu’il faut penser de ce que je mange, mais je n’en sais rien.

 On me dit ce qu’il faut penser de ce que je mets, mais je n’en sais rien.

On me dit ce qu’il faut penser de la littérature et du cinéma, mais je n’en sais rien.

On me dit ce qu’il faut penser de Trump, de Bolsonaro, de Johnson, de Poutine, du Brexit, de la Chine, de l’Inde, de Wall Street, de Gauguin, de Baltus, de la charcuterie, des potimarrons, des 4×4, des trottinettes électriques, des vinyles, des CD, de Spotify, de Greta Thunberg, du système de santé, du système d’éducation, de ceux qui font grève, de ceux qui ne la font pas, mais je n’en sais rien. ” (Philippe Lançon)

A mon sens, s’abstenir d’additionner continuellement les jugements n’est pas symptomatique d’un manque d’intérêt mais plutôt d’une prise de distance avec ce mimétisme spontané qui pousse à la division irréfléchie, qui d’une certaine façon flatte l’égo en s’auto-gratifiant de la responsabilité d’avoir un avis propre et authentique sur la chose.

L’esprit critique est pourtant à dissocier du jugement compulsif. Loin du blâme intempestif, l’esprit critique est une aptitude de mise en parallèle, nourrie justement par une écoute consciencieuse et donc, dans cette perspective, par le silence : voici donc a fortiori mon interprétation de l’affirmation de Philippe Lançon qui amorçait cette réflexion.

 

Roxane DUNAND, étudiante à Kedge Business School, chargée de journalisme pour Clepsydre

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