« Je veux rendre la culture accessible à tous. » Sofia Azzouz Ben-Mansour, historienne de l’art

« Je veux rendre la culture accessible à tous. » Sofia Azzouz Ben-Mansour, historienne de l’art

Née au Maroc, à Meknès, le Versailles marocain, Sofia Azzouz Ben-Mansour est arrivée en France à l’âge de 9 ans et a grandi en banlieue parisienne à Vitry-sur-Seine. Aujourd’hui, historienne de l’art rattachée au ministère de la Culture, elle nous raconte son parcours et nous partage sa volonté de démocratiser la culture.

« J’ai longtemps pensé que je n’étais pas vraiment prédestinée à la culture. On m’avait dit que c’était pour les riches. »

Et pourtant, nous confie-t-elle « si je n’avais pas choisi l’art, tôt ou tard, il m’aurait rattrapée ». En effet, il a toujours été sur son chemin au travers de rencontres inattendues, qui ont forgé son parcours et sa passion.

Elle a rencontré l’art pour la première fois, lorsqu’elle était encore au collège. Alors qu’elle visitait le Château de Versailles, elle est tombée nez à nez avec un portrait de Madame de Pompadour de François Boucher. « Cette femme me paraissait à la fois heureuse et mélancolique, j’étais fascinée par le réalisme de ce tableau », à tel point qu’elle ne put s’empêcher de faire des recherches sur cette peinture aussitôt rentrée chez elle.

Plus tard, c’est une autre rencontre qui la conduira tout droit sur les bancs de l’École du Louvre. « J’ai rencontré Pierre Cornette de Saint-Cyr lors d’une conférence. Il a vu le potentiel en moi et m’a encouragée à l’exploiter. » Le célèbre commissaire-priseur et marchand d’art ne fut pas son seul mentor. Claude Pierre Brossolette, qu’elle a eu l’honneur de connaître, l’a aussi guidée vers le chemin de l’écriture. Elle lui consacre d’ailleurs un livre.

« Je suis passionnée et tant que je le serai, je continuerai. »

À 22 ans, elle commence à écrire des billets culturels sur les réseaux sociaux, d’abord sur Facebook puis sur LinkedIn dans l’objectif de démocratiser la culture. Elle découvre alors la violence des réseaux sociaux. Malgré les critiques souvent racistes et misogynes, la jeune femme persévère. « Ma devise c’est celle de Jacques Cœur : À cœur vaillant, rien d’impossible ». La suite de l’histoire lui donnera raison. Son nombre d’abonnés augmentera de jour en jour. Encouragée par ce succès, l’étudiante en art créera des contenus de plus en plus riches et engagés avec une pointe d’humour faisant ainsi le pied de nez à ses détracteurs. « L’humour est une arme fatale » nous déclare-t-elle avec enthousiasme. Aujourd’hui, ses billets parlent toujours de littérature, d’art, d’histoire mais l’approche est différente, liés à l’actualité et plus personnels.

Selon Sofia, grâce à la culture nous osons assumer et exprimer ce que nous sommes. Dans ses billets, ce sont ses idées, ses émotions, son histoire mais surtout sa personnalité qu’elle partage aux milliers d’abonnés qui la suivent. « En fait, je m’assume, je parle des femmes, de mes coups de cœur culturels en m’inspirant d’expériences personnelles. »

« Je veux rendre la culture accessible à tous. »

Par ses posts culturels et singuliers sur les réseaux sociaux, l’historienne de l’art souhaite renverser l’image de la culture, celle d’un monde élitiste. La modernité des réseaux sociaux, la technologie numérique et les pratiques digitales s’avèrent alors de véritables alliées pour rendre les contenus ludiques et accessibles. « Le MOOC qui a accompagné l’exposition Le roi est mort au Château de Versailles fin 2015 a rencontré un véritable succès. Il a complété l’exposition et en a offert une expérience nouvelle ». La technologie a donc beaucoup à apporter.

Mais ses dérives sont à considérer également : informations en continu mais creuses, lecture rapide… L’art, la littérature, la connaissance, abordés sous un angle différent, donnent pourtant la possibilité de retrouver goût à la lecture et à l’appropriation des  contenus. Par exemple, un dispositif digital peut réveiller les sens, les émotions et la curiosité intellectuelle chez les jeunes générations. Fini le besoin de rapidité, l’ennui et le survolage d’informations. « Ce sont deux mondes qui vont devoir s’entrechoquer pour s’accompagner vers leur transition. »

 

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