« J’avais trop d’idées et pas assez de place ». Portrait de Tony Girault, luthier pour guitariste exigeant

« J’avais trop d’idées et pas assez de place ». Portrait de Tony Girault, luthier pour guitariste exigeant

Publié le 5 mai 2020

Soyons honnêtes. Pour peu que l’on s’intéresse à l’univers de la guitare, du blues, de cette forme de mythologie, il est des noms de villes, de marques, d’artistes qui viennent naturellement en tête. Un mélange nébuleux de Chicago et de Nashville, de Gibson et de Fender, de Jimi Hendrix et de John Lee Hooker. Et, à ce petit jeu des 7 familles, autant le dire d’emblée, Evreux sonne faux, un peu comme un Fa# dans un solo en Mi mineur* (pour les puristes). C’est pourtant là, à Evreux qu’a élu domicile Tony Girault, luthier et fabricant de guitares de son état.

Il faut être un peu fou, ou tout du moins sacrément passionné pour se lancer dans le commerce de la guitare. Pas réellement un marché porteur. La révolution électrique des années 60 a fait son temps. Et les guitaristes en herbe ont vieilli avec elle. À quoi bon une guitare quand un ordinateur peut faire plus propre, plus vite, et sans callosité. Heureusement, il reste quelques irréductibles amateurs et pour ce petit monde d’initiés, Tony Girault est un nom qui ne laisse pas indifférent.

Comme toute bonne histoire de start-up américaine, celle de Tony Girault a commencé dans le garage de ses parents. En autodidacte, il se lance dans l’exercice, toujours périlleux, du démontage de guitare électrique. Un mélange de deux passions, la musique et le travail manuel. Pas d’apprentissage, pas d’école de lutherie, que de la pratique, de toute manière « il y a autant de parcours que de luthiers ».

« J’avais trop d’idées et pas assez de place », d’où la conversation en tant que luthier professionnel. En marge des mastodontes du secteur, Tony Girault, à coup de réseaux sociaux et de presse spécialisée trouve sa place, se fait un nom. Le bouche à oreille tourne à plein. Le défi ? Sortir des standards tout en respectant les normes. C’est que l’imaginaire de la guitare électrique est resté figé dans une certaine tradition, un héritage des années 50. « C’est un peu comme Star Wars, les gens veulent un nouveau film, mais qu’on ne touche pas à l’histoire… »

Sur ce fameux âge d’or de la production de guitare, pas de position radicale, juste un constat, « la production d’alors n’était pas la même, il y a autant de mythes que de réalités. Au fond ce que les gens aiment, c’est que ces guitares ont vécues ».

Et quid du confinement dans tout ça ? C’est simple : « mes délais de fabrication sont plus longs que le confinement ». Pas de baisse de commande, une légère hausse que l’on serait facilement tenté d’attribuer au temps libre d’amateurs de guitares confinés. Le public justement ? Un mélange de trentenaires et de babyboomers en quête d’une certaine forme de tradition et de modernité. C’est l’éternel dilemme. « Chacun a son échelle de tradition. L’histoire ça commence à compter quand la nostalgie apparaît. Et elle arrive très vite. »

 

*bien que cela se discute

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