La défiance vis-à-vis du masque, un problème quasi inexistant ?

La défiance vis-à-vis du masque, un problème quasi inexistant ?

anti-masques

Sous fond de pandémie et de crise économique, la question du port du masque semble diviser. Groupes Facebook, rassemblements, actions en justice et articles de presse se multiplient mettant en lumière les « anti-masques », pas si nombreux que ça.

« On a généré un problème de toutes pièces, les gens ont l’impression qu’il y a un débat alors que lorsqu’on étudie l’opinion majoritaire dans la population française, on se rend compte qu’il y a extrêmement peu de gens qui sont opposés au masque de manière générale » s’agace Jocelyn Raude, Enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’EHESP de Rennes qui étudie actuellement l’impact des épidémies sur la société. Selon ce dernier, il existe très peu de réfractaires au masque dans la population française « C’est le paradoxe absolu de cette période où il y a une hypervisibilité dans les médias de ces groupuscules. Pourtant quand on regarde les enquêtes et qu’on observe ce qu’il se passe dans les lieux publics fermés, on n’a à priori quasiment pas de personnes réfractaires ».

En effet, selon les recherches menées par Jocelyn Raude, les taux des « anti-masques » varieraient entre 1 à 3%, seulement. Pourtant une riposte existe bel et bien. Sur Facebook, de nombreux groupes se sont créés.

Des mouvements minoritaires, mais visibles

 « NON AU MASQUE ! je suis un être libre, jamais je ne me laisserai bâillonner » : 5000 abonnés, « anti-masque obligatoire » 13 400 membres, Stop à la « masque-arade » 28 111 membres. Avec les réseaux sociaux comme fer de lance, la riposte anti-masque s’organise. Au point même de donner lieu à un rassemblement, à Paris Place de la Nation, pour revendiquer leur refus de porter le masque. Pourtant 200 à 300 personnes seulement se sont  retrouvées le samedi 29 août à Paris pour crier leur mécontentement envers l’obligation du port du masque.  Jocelyn Raude dénonce ainsi  « l’hyper visibilité » d’un « mouvement hyper minoritaire en France ». « Il faut relativiser ces chiffres et les comparer à d’autres chiffres similaires . Si l’on met en parallèle ces quelques milliers de sympathisants à la non-utilisation du port du masque à d’autres causes ou d’autres intérêts, on constate qu’ils sont minoritaires » prévient ce dernier. A Berlin, par exemple, ils étaient , 20 000 à manifester contre cette obligation.

Qui sont les anti-masques en France ?

En France, Jocelyn Raude qualifierait ce mouvement de très hétérogène « c’est une combinaison de mouvement complotiste, de mouvement d’extrême droite issu de la fachosphère et puis de petits mouvements libertaires, proches des mouvements traditionnels anarchiques qui sont un peu à la manœuvre, sans trouver un écho très fort » analyse ce dernier avant de souligner « on trouve des gens qui sont moins bien insérés sur le plan social et économique, c’est-à-dire avec un faible diplôme. Il s’agit souvent de gens qui se caractérisent de manière générale par une défiance très élevée vis-à-vis de l’institution, qui ont une vision de la maladie comme peu grave, et qui se sentent peu vulnérables par rapport à cette dernière. » Un constat révélé également par l’étude que le chercheur Antoine Bristielle a mené sur les motivations de ceux qui refusent le port du masque. Les résultats révèlent que 42 % des sondés n’ont pas voté pour un candidat au premier tour de l’élection présidentielle en 2017 (18 % s’étant abstenus, 14 % ayant voté blanc ou nul et 10 % n’étant pas inscrits sur les listes électorales). Parmi les votants, 27 % ont opté pour Marine Le Pen et 19 % pour Jean-Luc Mélenchon.

Dans l’étude menée par Antoine Bristielle, 52 % des interrogés croient aux Illuminati (contre 27 % dans la population française), 56 % au « grand remplacement » (25 % dans la moyenne française) et 52 % à un « complot sioniste » (22 % en France)…

Des actions en justice contre l’obligation du port du masque

Parmi ces réfractaires aux masques, certains ont intenté des actions en justice pour l’obligation du port du masque dans les rues, notamment pour des raisons financières. David Guyon, avocat Montpelliérain a déposé une dizaine de référés dans l’Hérault contre les arrêtés imposant le port du masque. Parmi ses clients, Sylvie, 57 ans, sans emploi, nous explique « je touche à peine 500 euros par mois et  je n’ai pas les moyens de m’acheter des masques tous les jours. De plus, je ne supporte pas ceux en tissus, ils m’empêchent de respirer.  Aujourd’hui, je n’ai même plus d’activités parce qu’on ne peut plus rien faire sans masque. Et jouer à la pétanque avec un masque, ce n’est pas du tout pratique. »

 « Chez les non-utilisateurs du masque, il y a trois premiers arguments qui reviennent : il y a ceux qui disent que c’est un budget, d’autres qui clament que c’est inefficace ( ce qui était aussi le discours des pouvoirs publics durant un moment) et des gens qui pensent que la maladie n’est pas grave, et que c’est l’ordre d’une grippe » explique Jocelyn Raude qui tient à relativiser sur le nombre de plaintes déposées « Je ne suis pas sûr qu’elles soient si nombreuses quand on les compare aux démarches qui ont été déposées par de nombreux professionnels de la santé au début de la pandémie pour non-assistance à personne en danger, lorsque beaucoup de gens ont poursuivi l’état pour le port du masque ».

 

Un débat qui divise toutefois la communauté scientifique et dont les pouvoirs publics s’emparent peu. 

« Ce qui est assez curieux, c’est que les scientifiques sont beaucoup plus réservés et divisés sur cette question que les Français » confie Jocelyn Raude qui ajoute « Dès le début de l’épidémie, nous avons observé que les Français avaient la conviction que les masques étaient utiles et efficaces contre la maladie. Et même quand à une époque, les pouvoirs publics décourageaient activement le port du masque ».

Selon Jocelyn Raude, à peu près ¼ des Français s’étaient procuré des masques, soit s’en étaient fabriqués. « A partir du mois de mars au mois de juin, alors que les pouvoirs publics s’étaient peu emparés de cette question, on assistait déjà à une généralisation du masque dans la société française » déclare le sociologue qui conclut « ce qui a sauvé le masque, c’est que le gouvernement a dit qu’il était inutile. On a vu au moment de nos enquêtes, que les gens ont tout de suite perçu l’intérêt du masque alors que le gouvernement était sur un discours qui consistait à décourager son usage. Encore un exemple du paradoxe français ! »

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