Balance ton stage : contre le sexisme en entreprise

Balance ton stage : contre le sexisme en entreprise

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Plus besoin de présenter le fameux Balance ton porc, mais connaissez-vous son petit frère : Balance ton stage ? Cette page Instagram créée en juillet de cette année par trois étudiants de l’emlyon compte déjà plus de 9 000 abonnés. Elle témoigne du sexisme dont sont victimes de nombreux stagiaires lors de leurs premiers pas dans le monde de l’entreprise. À l’origine de cette page, une expérience personnelle vécue par deux de ses fondateurs, Agathe et Camille.

Balance ton stage, ce n’est pas qu’une simple page Instagram mais un moyen de sensibiliser au sexisme en entreprise. La page reçoit aujourd’hui environ 25 témoignages par jour, preuve de l’étendu du phénomène. Grâce à l’étude attentive de ces témoignages, Camille, Agathe et Simon, les trois fondateurs de Balance ton stage ont rédigé un « Petit Manuel du sexisme en entreprise ». Cet ouvrage disponible en libre accès sur internet, explique de manière claire et illustrée les mécanismes du sexisme, ses conséquences et ses implications. Nous avons rencontré Camille qui nous en dit plus sur le sexisme et nous dévoile les ambitions de ce projet.

Sexisme en entreprise : de quoi parle-t-on ?

Le sexisme est une attitude discriminatoire basée sur le sexe. Souvent considéré comme un ensemble de préjugés, de croyances et de stéréotypes concernant les hommes et les femmes, il englobe tous les actes découlant de ces convictions. Car cette discrimination engendre un ensemble de comportements sexistes. Ces attitudes, selon leur niveau de gravité, peuvent être classées dans une pyramide. À la base de celle-ci on trouve les outrages sexistes et sexuels qui s’apparentent le plus à ce que l’on appelle le sexisme ordinaire. Ils consistent à imposer à une autre personne des propos ou des comportements à connotation sexuelle. Viennent ensuite l’exhibitionnisme sexuel et le voyeurisme, le harcèlement moral et sexuel, l’agression sexuelle. Le viol se place au sommet de cette pyramide.

Si le sexisme touche les hommes comme les femmes, ces dernières en sont davantage victimes. Mais au-delà d’une discrimination liée au sexe, le sexisme prend souvent la forme d’un jeu de pouvoir. C’est le constat qu’ont pu établir Camille, Agathe et Simon grâce aux témoignages de leurs camarades victimes de sexisme en entreprise. Dans 85% des cas étudiés lors de leur enquête, la personne à l’origine de propos ou de comportements sexistes était dans une position hiérarchique supérieure à celle de la victime.

Dans ce contexte, le stagiaire, dont le statut est assez précaire, se trouve généralement dans une situation de vulnérabilité, faisant de lui une cible privilégiée. Bien souvent, il n’ose pas s’opposer à son agresseur par peur de mettre en péril sa future carrière professionnelle. « Beaucoup de managers profitent de leur position, de leur influence au sein des entreprises parce qu’ils savent que de toute façon leur victime ne les dénoncera pas », confirme Camille. Elle ajoute que certains comportements représentatifs du sexisme en entreprise jouent avec la frontière entre le privé et le professionnel. L’agresseur se fait tantôt complice, tantôt sévère, oscillant entre le « bon copain » et le manager et brouillant ainsi pour sa victime la perception de ce qui est acceptable ou non.

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Comprendre le sexisme en entreprise pour mieux le combattre

C’est justement parce que le sexisme est pernicieux, que ses limites sont floues et subjectives, qu’il est si difficile de l’identifier et de s’en prémunir. Camille le constate : bien souvent la victime ne s’aperçoit pas qu’elle est la cible de comportements sexistes. Elle n’utilise d’ailleurs pas les termes de harcèlement ou d’agression pour définir ce qui lui arrive, alors que c’est bien de cela qu’il s’agit. Les victimes d’actes sexistes ont au contraire tendance à minimiser leur expérience en disant que ce qui leur est arrivé n’était « pas si grave ». Pis encore, elles en viennent souvent à culpabiliser. Persuadées d’être fautives, de mériter ce qui leur arrive, elles en viennent à excuser le comportement de leur agresseur.

Pourtant, les conséquences de tels comportements ne sont pas anodines et ont un réel impact négatif sur la personne qui en est la cible. « Dans beaucoup de cas qui nous ont été rapportés, la victime est détruite. Elle se sent piégée, enfermée. C’est insoutenable et elle rentre chez elle en pleurant. Certaines craquent même au bureau devant des clients », témoigne Camille. Elle souligne tout particulièrement la crainte que le stagiaire victime de sexisme ressent par la suite vis à vis du monde de l’entreprise.

C’est pour ces raisons, que les étudiants ont besoin d’être informés, sensibilisés. Ils doivent pouvoir identifier le sexisme en entreprise, reconnaître les mécanismes psychologiques qui l’accompagnent, savoir comment réagir face à ces violences et à qui s’adresser. Voilà l’ambition des trois fondateurs de Balance ton stage : donner aux futurs stagiaires les clés pour se prémunir de ces comportements toxiques et impliquer davantage les établissements scolaires dans la protection de leurs étudiants.

Après Balance ton stage, des formations pour lutter contre le sexisme en entreprise

La page Instagram Balance ton stage représente une première étape de sensibilisation au sexisme. Elle a notamment offert à de nombreuses victimes un espace de parole bienveillant où s’ouvrir et parler de ce qu’elles ont vécu. « Au travers du compte Instagram, beaucoup de personnes, qui ne sont pas de notre école, nous contactent et nous remercient », confie Camille. Avant Balance ton stage, certains étudiants n’avaient jamais parlé de leur mauvaise expérience. Camille cite notamment cette jeune femme qui leur avait adressé des remerciements touchants: « Merci de nous libérer de nos maux, avant vous je n’en avais jamais parlé. Si j’avais lu votre manuel quand j’étais en stage, les choses ne se seraient pas passées de la même manière ».

L’équipe de Balance ton stage souhaite aller encore plus loin et proposer au sein de leur école des formations pour apprendre aux étudiants à reconnaître le sexisme en entreprise et à réagir en tant que victime ou comme témoin. Les trois étudiants se sont donc rapprochés d’Ekiwork dont le métier est de dispenser des formations en entreprise. L’organisme les aidera à construire leur formation et les formera eux-mêmes à l’animation d’ateliers. L’administration de l’emlyon souhaite également participer au projet. Les fondateurs de Balance ton stage sont d’ailleurs en négociation avec l’établissement dans l’espoir d’obtenir un financement. L’école pourrait notamment intégrer ces formations à son programme. Une nouveauté sur le campus qui agissait déjà contre le sexisme au sein de l’école, dans la vie associative ou lors des soirées étudiantes, mais ne disposait pas encore d’un volet entreprise. Les choses devraient se concrétiser rapidement et Camille espère pouvoir commencer les formations d’ici janvier 2021.

« Les étudiants d’aujourd’hui sont les managers de demain. Notre objectif au travers de ces formations c’est de rentrer vraiment dans le concret avec une partie pratique. C’est de la mise en situation pour décrypter tous les mécanismes et signaux qui permettent de repérer les comportements sexistes et de donner des outils très concrets pour pouvoir y répondre et s’en protéger », explique Camille. Elle estime, à juste titre, que c’est en formant les gens dès leur plus jeune âge que les comportements sexistes pourront un jour  disparaître. Il reste du chemin à parcourir, mais cette belle initiative, qui a vocation à être dupliquée dans d’autres établissements de l’enseignement supérieur, tout secteur confondu, est un premier pas prometteur.

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