Les risques psychosociaux au travail, cette épidémie dont on ne parle pas

Les risques psychosociaux au travail, cette épidémie dont on ne parle pas

Publié le 19 novembre 2020

Depuis plusieurs mois, une autre épidémie s’est répandue insidieusement dans notre société. Touchant d’abord les plus fragiles, elle s’est finalement étendue à tous, faisant de nombreuses victimes. Cette épidémie, c’est celle de la détresse psychologique* des salariés. Depuis le mois de mars, elle est méticuleusement étudiée et mesurée par  un baromètre, qui en est à sa 4e édition. Intitulée « Crise Sanitaire, État psychologique, Risques Psychosociaux des Salariés Français », cette étude témoigne de la montée de la fragilité psychologique des salariés français. Président d’Empreinte Humaine, cabinet qui est à l’origine de ce baromètre, Christophe Nguyen nous en dit plus sur ce phénomène inquiétant et prodigue des conseils pour le ralentir.

Qu’est-ce que cette 2e vague et ce second confinement ont de différent cette fois-ci pour les salariés ?

Christophe Nguyen : La nouveauté, c’est justement que ce n’est pas nouveau. Nous avons déjà vécu cette situation, cela fait même 9 mois que cela dure pour certains. Nous sommes mieux préparés aux outils de travail à distance, au télétravail, au confinement… Pourtant, cela ne se passe pas mieux pour les salariés. Au contraire, les télétravailleurs disent qu’ils ne veulent pas revivre la même expérience, extrêmement connectée et angoissée. Le télétravail est devenu un facteur de détresse. Selon notre baromètre, si 52%des salariés ont accepté les difficultés liées au télétravail lors du 1er confinement (surcharge mentale, hyperconnexion…), ils sont  désormais 69 % à ne plus vouloir les subir.

Les entreprises ont-elles réagi faces aux risques psychosociaux de cette crise ?

Christophe Nguyen : Oui, elles ont conscience de la problématique, même si se sont les salariés eux-même qui repèrent en premier les personnes fragiles. Ils sont 44 % à avoir repéré une personne en difficulté psychologique dans leur entreprise. La différence avec ce deuxième confinement, c’est que cela ne concerne plus les personnes déjà fragilisées. Cela peut toucher n’importe qui, même quelqu’un d’ a priori solide.

Christophe Nguyen, président du cabinet Empreinte Humaine, à l’origine de l’étude.

Cette crise pointe du doigt de grosses problématiques de management. Les employeurs ont réduit leurs efforts rapidement au moment du déconfinement, alors qu’il faut continuer à parler du sujet. Il faut rester vigilant de façon continue, prévoir des formations à long terme. Les intentions sont là, mais il faut être proactif. Certains employeurs hésitent à investir dedans, mais ils vont le payer cher après. Car on remarque de plus en plus du désengagement de la part des salariés qui sont confrontés à une réelle perte de sens.

Les managers, eux aussi sont très fragilisés, plus que les autres ?

 Christophe Nguyen : Oui, ils sont deux fois plus à risque que les salariés. Il y a plusieurs raisons à cela : tout d’abord, les managers sont à la croisée des enjeux. Ils ont des craintes pour leurs collaborateurs, et subissent aussi leur propre surcharge de travail. 70 % d’entre eux admettent d’ailleurs trouver cela plus difficile de manager à distance. Ils ont de la pression et des objectifs à atteindre. Cette situation est préoccupante car ils doivent être les capitaines du navire, et s’ils sont en détresse, toute l’équipe l’est aussi. Ils doivent donc plus que jamais être aidés.

Le travail a-t-il pris trop de place dans nos vies ces dernières années ?

Christophe Nguyen : Beaucoup de salariés s’en rendent compte, mais aussi les managers, qui sont près d’un million à être burn out sévère. Ils se rendent compte qu’ils ont surinvesti cette partie-là de leur vie. Pour se protéger, beaucoup de salariés mettent en place un détachement, et cela doit nous questionner. Les conséquences sont le désinvestissement dans l’entreprise et la perte de sens. Les collaborateurs ne veulent plus souffrir psychologiquement et voir leur santé mentale mise en danger par un environnement qui n’est pas sain pour eux. Cette crise est un véritable révélateur de ce qui ne va pas au travail. Mais je pense que cela va redistribuer les cartes pour repartir sur de bonnes bases. Il y aura un avant et un après-crise. Pour l’instant, nous sommes dans l’à peu près.

 

* La détresse psychologique chevauche à la fois des symptômes de dépression et d’épuisement professionnel. Lorsqu’elle n’est pas traitée elle risque d’entrainer des problèmes de santé plus graves, tels que diverses maladies psychosomatiques, l’hypertension artérielle, différents troubles anxieux, la dépression sévère et des troubles addictifs.

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