Collapsologie : « l’effondrement » économique est-il inéluctable ?

Collapsologie : « l’effondrement » économique est-il inéluctable ?

Définie pour la première fois en 2015 par deux experts, Pablo Servigne et Raphaël Stevens, la collapsologie se présente comme un processus déjà avancé, à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement…) ne pourront plus être fournis à des prix raisonnables. Dans leur ouvrage intitulé Comment tout peut s’effondrer (Le Seuil), les auteurs estiment que cet effondrement aura lieu d’ici une dizaine d’années, soit aux alentours de l’année 2030.

72% des Français pensent que « tout peut s’effondrer »

Après avoir pénétré les cercles intellectuels, la collapsolgie fait depuis plusieurs mois une percée remarquée dans les médias mainstream. Podcasts, séries, publications, articles… Une certaine dynamique est en cours, charriant tout à la fois des croyances, des informations et des discours plus ou moins approximatifs.

Que pensent réellement les Français de la collapsologie ? Connaissent-ils cette notion ? Sont-ils perméables au catastrophisme, voire au pessimisme qui en constituent la toile de fond ? Quelles sont, pour eux, les raisons d’espérer ? L’institut Aristoclès, think tank indépendant réunissant des personnalités des mondes juridiques, économiques et universitaires, a réalisé ces derniers mois une vaste enquête quantitative et qualitative menée auprès d’un échantillon représentatif de la population française. Il en ressort qu’un Français sur deux (51,3%) a déjà entendu parler de « collapsologie ». Parmi ces derniers, 84,1% sont en mesure d’en donner une définition. Les Français se déclarent par ailleurs d’accord avec le présupposé collapsologique selon lequel « tout peut s’effondrer » (72,4%), sans pour autant situer cet « effondrement » dans les prochaines années. Près de 9 personnes sur 10 pensent qu’une catastrophe est à venir dans le secteur de l’environnement, la société civile constituant un recours (91%), de même – mais dans une moindre mesure – que l’action politique (66%).

L’effondrement est-il prédictible ?

Au-delà de son bien fondé, de son caractère non scientifique ou parcellaire, la collapsologie pose à nos systèmes économiques et à nos institutions juridiques deux questions centrales : l’« effondrement » constitue-t-il une certitude ? Et dans quelle mesure nos économies doivent-elles s’adapter ?

La première interrogation nous renvoie à la bonne compréhension de notre cadre de vie (social, économique, environnemental…). On sait que plus un système est complexe et interconnecté, moins il est aisément prédictible. La globalisation du système actuel le rend donc à la fois résilient et stable mais aussi difficilement prédictible dans son effondrement potentiel. Nombre de travaux nous enseignent surtout que ce « collapse » ne peut être prédit scientifiquement.

La seconde interrogation nous renvoie au type d’adaptations qu’il conviendrait d’opérer pour faire face à ces nouveaux défis. Face aux propositions de ruptures radicales qu’il serait bon, selon les collapsologues, d’opérer à l’égard du modèle capitaliste, ne conviendrait-il pas d’être plus nuancé dès lors que la résilience du système reste un avenir possible ? On voit bien que certaines des institutions qui caractérisent le capitalisme sont en train de s’adapter. Un exemple parmi d’autres : la réforme du droit des sociétés via, en particulier, la redéfinition de l’entreprise telle qu’elle fut consacrée en 1804 par Napoléon. En introduisant explicitement la notion de « raison d’être » de l’entreprise, on comprend que les problématiques environnementales et sociétales s’imposent de manière de plus en plus pressante aux entreprises, et elles doivent avoir un impact économique réel. C’est peu et beaucoup à la fois.

La collapsologie nous aide à appréhender un message fondamental : notre système doit être réinterrogé à la fois aux plans économique et institutionnels. Ces questionnements sont nécessaires pour prendre la mesure des enjeux véritables de manière à agir efficacement tout en préservant le corps social d’un à-coup dont il n’a pas forcément besoin.

Bruno Deffains

Professeur d’économie

Directeur du CRED

Université de Paris 2 Panthéon – Assas

Membre du Conseil d’orientation de l’Institut Aristoclès

www.aristocles.fr

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