Il y a les startups qui lèvent des fonds, et il y a les autres…

Il y a les startups qui lèvent des fonds, et il y a les autres…

Pour de nombreuses startups et entreprises, lever des fonds apparaît comme la seule voie pour financer son développement. Une stratégie qui ne fait pourtant pas l’unanimité.

Le graal de l’entrepreneur ? En 2016, certaines entreprises françaises ont battu des records en terme de levées de fonds : 250M€ pour OVH, 150M€ pour Sigfox et un compte rond pour Deezer qui a levé 100M€. Des montants astronomiques qui font rêver bon nombre d’entrepreneurs. Petit hic : parfois (pour ne pas dire souvent), la levée de fonds ne se déroule pas comme prévu.
Il suffit de reprendre l’exemple de Save, Take Eat Easy ou Chic Types qui se sont retrouvées en redressement judiciaire peu de temps après avoir levé des fonds. Une hécatombe dans le monde des startups à laquelle Sébastien Matykowski, associé-gérant de Capival avait réagi : « Dans le contexte global du private equity, il y a aujourd’hui plus d’argent sur le marché qu’il n’y en avait auparavant. Et donc, plus d’argent pour les bons dossiers. Mais parfois, les startups veulent lever trop d’argent et trop vite ».

CharLi Charger, startup spécialisée dans le rechargement autonome des smartphones et objets connectés affiche un chiffre d’affaires de 380 000 euros sur l’année 2016 contre 175 000 en 2015 soit une croissance de 117% en un an. La startup projette d’atteindre un chiffre d’affaires de 850 000 euros en prenant le contre-pied de la tendance de la levée de fonds.

Se développer sur le principe du slow business

La jeune pousse a choisi de se développer uniquement de manière organique, grâce aux revenus issus de la vente et de la location événementielle des CharLi. « Je ne dis pas qu’il faut bannir les levées de fonds car celles-ci peuvent être nécessaires pour alimenter la croissance d’une startup mais j’insiste sur le fait que celles-ci ne sont pas indispensables. Chez CharLi, on estime que des investisseurs auraient des objectifs contraires aux nôtres du fait de leurs recherches de rentabilité immédiate. Comme vous l’imaginez, nous sommes ainsi très vigilants avec nos dépenses. Nous partons du principe qu’un euro dépensé doit en rapporter trois », explique Mikael Bes, co-fondateur de CharLi Charger.

Une stratégie adoptée par d’autres, comme la startup nantaise Obeo qui comptait 50 collaborateurs en 2015 et réalisait un C.A de 4,3M€. Sans l’ombre d’une fortune personnelle, les fondateurs ont misé sur l’open innovation. Ce sont leurs clients qui « financent » la R&D et permettent de générer du C.A. Un schéma rendu possible également grâce à l’obtention de différentes subventions, du crédit impôt recherche, et un statut de jeune entreprise innovante qui permet de ne payer qu’un tiers des charges patronales pendant sept ans, si l’entreprise fait de la R&D.

Digimind, spécialiste des solutions de Social Media Monitoring, d’e-réputation et de veille stratégique qui existe depuis près de 20 ans et ne bénéficie donc plus du statut de startup a choisi de se développer sur le principe du slow business, un modèle basé non pas sur la levée de fonds mais sur la capitalisation des fonds propres. Un schéma alternatif qui place le « souci de la rentabilité au cœur de la stratégie et assure une croissance pérenne et durable » selon Patrice François, Directeur Général de Digimind.

« Sous la pression des investisseurs, un entrepreneur peut se retrouver à complètement transformer son business model »

« Pour de nombreuses startups et entreprises, lever des fonds apparaît comme la seule voie pour financer son développement. Mais les exemples de Take Eat Easy ou de Viadeo ont pu révéler les limites de ce modèle de croissance « flash ». Beaucoup d’entreprises ont tendance à vouloir vivre sur leurs fonds et non sur leurs clients. Or, par définition, une entreprise ne peut vivre sans ses clients et encore moins sans leur réabonnement à ses services ou l’achat de ses produits. Sans projet solide, il est difficile, même avec des fonds, de transformer l’essai. Le slow business mise plus sur la construction à long terme d’un projet entrepreneurial », explique le dirigeant.

Pour bon nombre de chefs d’entreprise, la levée de fonds n’est donc pas un passage obligatoire, bien au contraire. « Quand on demande ce que signifie entreprendre à différentes personnes, on nous répond systématiquement : être libre, être son propre patron, think outside the box. Cependant faire appel aux levées de fonds, c’est choisir de partager son projet avec des investisseurs, des personnes extérieures à l’entreprise qui peuvent vouloir changer votre vision des choses. Sous la pression des investisseurs, un entrepreneur peut même se retrouver à complètement transformer son business model et discréditer sa startup auprès de ces clients », estime Mikael Bes de CharLi Charger.

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