En 2008, Mathieu Poupon, lance Greenburo, entreprise de collecte et recyclage des déchets de bureau. Un projet social, qu’il dédie aux personnes en difficultés économiques. Rencontre avec ce philantrope.

 

Julie Galeski : Cette année, Greenburo fête ses 10 ans. Vous en êtes fier ?

Mathieu Poupon : C’est une grande fierté de se dire qu’en 10 ans, on a pu aider 70 personnes à se réinsérer professionnellement. Plus d’une cinquantaine ont d’ailleurs réussi à partir de chez nous avec un emploi durable.

J.G : Comment, un matin, on se réveille en se disant qu’on a envie de lancer un projet social de collecte de déchets de bureau ?

M.P : C’est une situation personnelle qui m’a motivé. Je venais d’entreprises de réinsertion et j’étais passé par les services RH. J’ai d’abord eu envie de me rendre utile. Ensuite, je me suis dit que je n’avais pas envie de monter une entreprise de réinsertion classique dans le secteur de l’aide-ménagère ou des travaux par exemple. L’idée c’était de monter une activité dans un secteur vraiment concurrentiel, avec des emplois peu ou pas qualifiés, qui permettraient à une majorité de personnes de facilement se réinsérer profesionnellement.

J.G : Pourquoi précisément le recyclage des papiers et déchets de bureaux ?

M.P : D’abord, parce que 20% seulement sont recyclés. C’est aussi un marché de niche. Sur ce secteur, il y a des géants comme Veolia, Paprec ou Suez. Il fallait donc trouver une niche à côté d’eux, pour éviter de se retrouver en frontal et de se planter. Aujourd’hui on est plutôt complémentaires voire partenaires que véritablement concurrents.

J.G : Avec Greenburo, vous avez fait le choix de l’engagement, avant celui de l’argent…

M.P : C’est un choix très personnel. Je ne jette absolument pas la pierre à ceux qui veulent avant tout gagner de l’argent. Mais j’ai une autre vision des choses. L’une des finalités de cette entreprise, c’est de donner un sens à mon travail, à mon action. Gérer une entreprise qui ne fait que de la collecte, des plannings, ça ne m’intéresse pas …. Certes, je gagne moins d’argent que si j’étais à la tête d’une entreprise classique, mais humainement je m’y retrouve.

J.G : Et économiquement ?

M.P : Aussi ! Je me paye tout à fait convenablement, je voyage, je sors,  je vis comme tout le monde ! Je ne fais pas du bénévolat.

On a organisé notre Assemblée Générale la semaine dernière et comme dans tout entreprise on a parlé de gestion, de produits, de charges… L’économique reste fondamental. On génère des bénéfices depuis près de 10 ans, on affiche une croissance de 15%, certaines entreprises privées ne parviennent pas à ces niveaux de croissance.

 

 

J.G :  En quoi votre entreprise est-elle différente d’une autre ?

M.P : En théorie, nos clients ne perçoivent aucune différence au niveau de notre prestation de service. Notre combat, c’est de prouver que l’on peut travailler avec des personnes en difficulté en étant les meilleurs dans notre domaine d’activité.

Pour certains de nos clients, c’est même une plus-value de se dire qu’ils contribuent à des démarches de réinsertion.

J.G : Et dans la pratique ?

M.P : On travaille avec des gens qui ont des difficultés, pas avec de gens difficiles. Ce n’est pas parce que nous sommes une entreprise sociale, que l’on embauche n’importe qui. On recrute des gens motivés , assidus, qui peuvent tenir des horaires. La plupart sont investis à 100%, car c’est cette entreprise qui leur permet de sortir de leur problématique de santé, d’addiction, de logement…

J.G : Vous n’éprouvez aucune difficulté dans les gestion de vos salariés ?

M.P : Parfois, il faut accepter que l’un d’eux s’absente pour aller visiter un appartement par exemple, parce qu’il ne peut pas passer à côté, mais le collectif compense. Il y a un surinvestissement de la part de nos salariés. C’est une chance quand on sait que beaucoup d’entreprises ont du mal à recruter les bons talents, que certaines fliquent leurs employés. Moi ce n’est pas mon cas.

J.G : Pour votre action, vous avez reçu le « Prix EY de l’Engagement Sociétal » en 2017 pour la Région Grand Sud, « l’engagement », c’est un terme fort pour vous ?

M.P : Très fort. Des prix on en a reçu plusieurs, car dans dans ce milieu, il y en a pas mal et c’est presque « facile » d’en recevoir un. Mais le Prix EY a eu un impact complètement différent. Être reconnu pour notre engagement par des entreprises, des entrepreneurs avec lesquels finalement on travaille au quotidien, c’est fort. Sans parler des retombées en terme de communication, beaucoup de gens nous ont appelé pour nous féliciter, ça fait parler de nous. Peut-être qu’un jour on candidatera pour la partie développement économique, mais aujourd’hui notre combat reste celui-là.