On les dit « fantômes », « noires », ou « sales » … Pourtant, les villes au passé industriel comme Lille, Roubaix ou Saint-Étienne accueillent aujourd’hui des pionniers de l’innovation qui en font des références à l’international.

 

Alors que Paris accueille plus d’un million d’entreprises – soit un quart d’entre elles en France, la concurrence dans la capitale se fait rude.

À l’inverse, certains ont choisi de se décentraliser. À Saint-Étienne, anciennement connue pour ses mines, ses armes et sa rubanerie par exemple, le projet de la Cité du Design redonne à la municipalité un coup de jeune. Installée dans les anciens bâtiments de l’usine Manufrance (Manufacture d’armes et de cycles), la structure incarne à la perfection le renouvellement urbain. La Cité du Design de Saint-Étienne centralise plusieurs branches d’activités : la recherche, la médiation des publics, notamment scolaires, mais aussi et surtout le développement économique… Une initiative qui a même permis à la métropole d’obtenir le titre de Ville UNESCO du Design !

Dominique Paret, directeur général de la Cité du Design, érige cette structure en « un totem qui assure la reconnexion avec le passé industriel de la ville », en parfaite continuité avec sa fonction originelle : « il y a presque 200 ans, ces bâtiments étaient destinés à l’armement; La Cité du Design a été créée pour répondre à des besoins de l’industrie des armes en France et de la rubanerie, pour innover dans ces savoir-faire artisanaux ».  L’alliance de ce passé florissant et de ces infrastructures réhabilitées donnent du corps à l’attractivité de la ville.

« En quelques années, le nombre de boîtes dans le quartier a été multiplié par dix »

Mais Saint-Étienne n’est pas le seul exemple de transformation urbaine par l’entreprise. À Lille, le projet EuraTechnologies, pôle d’excellence économique dédié aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, inauguré le 26 mars 2009, est situé dans le bâtiment Le Blan-Lafont. Cette installation fait suite à la réhabilitation de deux anciennes usines textiles Lafont et Le Blan (construites autour de 1900).

Ces initiatives donnent un tout nouveau visage aux villes dites « fantômes », en utilisant leur histoire comme un atout. Dominique Paret explique : « on a repris la force des bassins industriels français, c’est-à-dire une capacité à travailler entre disciplines et à innover en permanence ».

Biennale du design

Les résultats sont probants : le directeur de la Cité du Design parle de plus de 300 000 visiteurs pendant le mois de la Biennale du Design, 2 000 entreprises créées par an. « En quelques années, le nombre de boîtes dans le quartier a été multiplié par dix », se réjouit le Stéphanois. Parmi elles, quelques pépites comme Keranova, le plus gros laboratoire optique de France.

Le choix de s’implanter dans ces villes tord le cou aux clichés et engendre deux effets leviers majeurs : développer une activité entrepreneuriale dans une ancienne friche industrielle et redynamiser des métropoles autrefois délaissées voire méprisées. Un autre exemple de réussite est celui d’OVH, une société d’hébergement de serveurs. Son siège social se trouve à Roubaix, et l’un de ses data center à Gravelines, dans la « Silicon Valley des Flandres ».

Une culture de proximité au cœur de l’innovation

Avec des prix attractifs et des infrastructures intéressantes, les villes au passé industriel ont un fort potentiel d’innovation. Cette effervescence permet de redynamiser les centres-villes en créant de l’emploi et de l’activité, par le biais de la construction d’écoles, de restaurants… Bref, un cercle vertueux qui attire des populations d’entrepreneurs !

À l’heure où, chaque année, 200 000 franciliens quittent la capitale pour travailler ailleurs, ces anciens fleurons de l’industrie sont devenus un terreau fertile à l’émulation d’idées. Selon Dominique Paret, « dans une ville comme Paris, il y a une tendance à l’homogénéisation, notamment autour du digital ». Certaines startups nées en Île-de-France comme La Centrale du Sport sont venues s’installer à Saint-Etienne. Elle y a trouvé des laboratoires spécialisés dans la pratique sportive, le bien-être, l’innovation… « Les bassins industriels sont basés sur une relation de proximité entre demandeurs et sous-traitants. Cette culture de coopération est restée ». Alors, entrepreneurs, prêts à vous décentraliser ?

Nelly Pailleux

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