Une création publicitaire digitale, c’est bien. Une pub online personnalisée, c’est encore mieux. ADventori en a d’ailleurs fait sa principale mission, en diffusant pour ses clients des campagnes qui répondent aux besoins des internautes en temps réel. Pierre-Antoine Durgeat, son fondateur, et Carole Ellouk, en charge du marketing, nous en disent plus.

 

Le jargon 2.0 vous qualifie d’Ad Server data-driven creative qui propose du private-deal programmatic. Si on veut faire simple, qu’est-ce qu’ADventori ?

Pierre-Antoine Durgeat : Nous éditons un logiciel, un Ad Server, qui permet de choisir en temps réel le contenu d’une publicité. Donc nous faisons en sorte que chaque message publicitaire proposé par un annonceur soit personnalisé à celui qui le reçoit, et ce, en s’appuyant sur diverses données.

Quel type de données utilisez-vous ?

Carole Ellouk : Très concrètement, lorsque nous travaillons avec un annonceur, nous avons accès principalement à des informations qui lui appartiennent, comme la liste de ses points de vente, de ses produits, les prix, les stocks, sa connaissance client… C’est ce qu’on appelle la first party data. Ce sont des informations que l’on va pouvoir récupérer pour les injecter dans la publicité afin de rendre le message plus précis et plus pertinent au regard de l’internaute qui les découvrira.

Quelle place tient le conseil dans votre travail ?

P-A D. : Je vais faire une réponse de Normand… ça dépend ! D’une façon générale, c’est 50% de notre travail. Auprès des annonceurs très matures ou des pure-players, il n’y a pas beaucoup de conseil à faire en amont. Ces derniers maîtrisent très bien les règles de la vente à distance, du CRM : la personnalisation s’en approche beaucoup. Pour les autres clients, notamment ceux pour qui la démarche est nouvelle, il y a un travail très significatif d’accompagnement à mener.

« Les performances de campagnes sont réelles. Nous avons des vrais impacts mesurables »

Quels sont vos clients type ?

P-A D. : Ce sont des grands comptes présents dans le top 100 annonceurs. Les industries types sont celles de trois secteurs. D’abord, les entreprises dont le service tourne autour du voyage, à l’instar de Oui.SNCF, dont l’une des problématiques est de communiquer sur des prix qui fluctuent en temps réel. Cela concerne autant les transporteurs qui vendent des billets, que les tours opérateurs, clubs de vacances, dont l’offre varie naturellement dans le temps et l’espace en fonction du taux de réservation. La 2eindustrie est celle du retail, qui doit intégrer dans sa communication de longs catalogues produits, avec une mise à jour de stock en temps réel et du trafic en magasins à générer en parallèle de leur activité web, comme Decathlon par exemple. Enfin, toute l’industrie automobile qui connaît un cycle de vente long. Elle doit par exemple proposer le bénéfice produit qui correspond le mieux à sa cible, au moment le plus opportun de son cycle d’achat, et diriger le consommateur vers la bonne concession. Ainsi, Renault est l’un de nos clients emblématiques.

Est-ce que les bénéfices de votre service sont quantifiables ?

P-A D. : Dans beaucoup de cas, c’est chiffrable et les performances de campagnes sont réelles. Nous avons des vrais impacts mesurables, à la fois de gains de performance et de réduction des coûts opérationnels. Mais c’est surtout quantifiable pour nos clients qui ont un site en ligne, ce qui nous permet de mesurer une conversion réelle rapportée à un message publicitaire. Il est plus dur d’évaluer le gain de performance en physique, même si certains clients commencent à mesurer l’impact de la pub digitale en points de vente.

Qu’est-ce qui vous rend différent ?

C.E. : Notre travail existait déjà avant l’arrivée du digital. Quand, par le passé, Renault décidait de mettre une Twingo dans un magazine féminin et un 4×4 dans un magazine masculin, c’était déjà une forme de personnalisation. Nous respectons donc le cycle et le propos publicitaires de la pertinence, mais d’une manière beaucoup plus précise et mesurable sur le digital, parce que seul ce média nous le permet.

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« Dans les faits, nous sommes très ouverts et toujours en alerte »

Êtes-vous un potentiel concurrent pour une agence de publicité traditionnelle ?

P-A D. : Nous ne sommes pas un vendeur de publicité. Ce n’est pas notre métier, mais celui des créatifs. Le nôtre consiste à faire de l’automatisation de la production créative. Nous venons donc en complément d’une agence traditionnelle. Nous travaillons avec elle pour rendre le message le plus pertinent possible : nous ne remplaçons pas le travail du publicitaire, mais nous venons l’industrialiser. Notre job, c’est plutôt de l’efficacité que de la créativité.

Comment reste-t-on indépendant dans ce secteur ?

P-A D. : En travaillant beaucoup ! Et en ne nous précipitant pas vers une levée de fonds. Le risque, selon nous, c’est que le client devienne l’investisseur. Or, chez ADventori, les intérêts de nos clients sont prioritaires à ceux qui nous ont confié de l’argent. Nous pensons qu’une entreprise a un rôle socio-économique significatif à tenir.

On parle souvent du partage de compétence comme source de croissance, aussi bien intra qu’inter-entreprise. Qu’en est-il chez ADventori ?

C.E. : Certes le fait d’être indépendant peut être rationnalisé au fait d’être seul, mais ce choix nous pousse au contraire à être en constante discussion avec les autres technologies, avec les autres acteurs du marché, ce qui nous apporte une expertise reconnue. Dans les faits, nous sommes très ouverts et toujours en alerte.

« Faire partie de la sélection Bpifrance déverrouille beaucoup de choses »

Quels sont les défis auxquels vous devez faire face ?

P-A D. : L’hégémonie de Google. Il faut en être conscient : la publicité est un marché sur lequel il y a des très grands acteurs, comme Google ou Facebook par exemple, et des tout-petits. Pour les petites structures, c’est donc un défi permanent de vivre aux côtés de ces grands acteurs qui ont un poids stratégique colossal. Par conséquent, il faut trouver son écosystème et la bonne façon de travailler avec eux. Dans ce cadre, ils vous donnent un coup d’accélérateur fabuleux. C’est clairement notre défi pour nous internationaliser.

Qu’est-ce que vous a apporté le soutien de Bpifrance ?

P-A D. : Ils nous ont fourni leur écosystème. Faire partie du programme d’accélération de Bpifrance (de 2012 à 2014), c’est une sorte de médaille : quelle que soit la porte que vous poussez, faire partie de la sélection Bpifrance déverrouille beaucoup de choses. Alors, on n’y reste pas éternellement bien sûr, mais ils sont toujours disposés à nous aider et les contacts noués à l’époque sont encore actifs aujourd’hui.

« Entreprendre est un parcours sans fin. Tout vient l’alimenter »

Est-ce qu’on naît entrepreneur ou on le devient ?

P-A D. : J’ai eu l’impression de toujours avoir été entrepreneur. Entreprendre est un parcours sans fin. (…) Tout vient l’alimenter : aussi bien les études que le travail, le sport que le mariage et les enfants. N’importe quel sujet vous apporte mécaniquement des choses et permet de prendre des décisions plus vite. Entrepreneur, c’est tout sauf un métier !

Quelles sont vos dimensions et vos ambitions aujourd’hui ?

C.E. : Nous sommes actuellement une quarantaine de salariés à Paris, Francfort et Londres. Mais la présence physique de nos bureaux impacte assez peu nos campagnes, car nous avons le plaisir et le loisir de produire des campagnes partout dans le monde pour nos clients internationaux. Étant une plateforme, notre outil n’a pas de frontières.

P-A D. : Sur les 5 dernières années, nous sommes à 25 à 50% de croissance annuelle. Il y a encore beaucoup de place en Europe pour grandir même si les États-Unis sont aussi, pourquoi pas, un autre espace d’opportunités.

 

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