Demain, l’intelligence artificielle remplacera-t-elle les entrepreneurs ?

Demain, l’intelligence artificielle remplacera-t-elle les entrepreneurs ?

Spoiler : avec des idées en pagaille et un vrai sens du management… Franchement? Il y a peu de chance. Ces qualités humaines sont irremplaçables. Illustration avec une industrie friande de l’IA.

Motifs, nom de la marque, logo… Tout est 100 % IA. Une nouvelle marque de t-shirts, imaginée par deux new-yorkais, s’est offert l’assistance d’algorithmes intelligents venant piocher dans une base de données de 15 millions de dessins ! Joli coup de pub ou performance technologique ? En tout cas, l’idée n’est pas nouvelle. On pose même un nom sur cette « discipline » : la cognitive creativity.

Ce n’est pas de la magie

Quoi ? La mode serait-elle aujourd’hui réduite au bon vouloir des intelligences artificielles ? Il y a de quoi hérisser le poil de toutes fashionistas et autres dandys victimes de la mode ! Ou au contraire, de les affrioler. Et les entrepreneurs dans tout ça ? Vont-ils y laisser leur place ?

L’idée de Thistshirtdoesnotexist.com (voir photo) a pourtant bel et bien germé dans des esprits… humains. « L’automatisation ce n’est pas de la magie, lance Marta Arniani, consultante en innovation spécialisée sur l’impact social de la technologie. Il y a une décision derrière. En revanche, on va réduire le nombre de personnes impliquées en favorisant l’automatisation de plusieurs tâches. » D’après les recherches du cabinet McKinsey : 15 % des tâches (et non des jobs) seront automatisés d’ici 2030 [voir aussi revolution-robot].

Prédire le futur…

Dans le secteur de la fringue, il y avait déjà Yoox Net-à-porter (Richemont) qui commercialise la marque 8 By Yoox. Les collections hommes-femmes sont toutes suggérées par une intelligence artificielle. 18 ans d’historique de vente, ainsi que des images et des textes de blogueurs et d’influenceurs permettent aux algorithmes de prédire l’avenir. Tout au moins celui des tendances mode. Autre exemple avec Stitch Fix : la machine recommande designs et textiles, parmi des milliards de combinaisons possibles. Objectif, séduire les millenials.

« La base de l’intelligence artificielle c’est d’apprendre à travers une grosse base de données. Il faut pouvoir accéder aisément aux données, avoir de la puissance de stockage et traitement, ainsi que les ressources humaines pour gérer cette complexité : si cela peut facilement s’appliquer au design d’un t-shirt, c’est moins évident dans des domaines aux forts enjeux éthiques comme la santé, ou pour des PME qui ne sont pas IA-native », ajoute Marta Arniani, qui a fondé Futuribile.org (cliquer ici pour s’inscrire à sa newsletter).

Explorer les zones d’ombre

Si vous en doutiez : notre société technocentriste ne peut pas tout résoudre. Les assistants smart sont peut-être « intelligents » et analysent des données quantitatives, mais en ce qui concerne les solutions qualitatives, ce n’est pas la même donne ! Dixit Marta Arniani. « Il y a des possibilités derrières l’IA mais elle ne pourra jamais remplacer la créativité et la capacité à explorer les zones d’ombre. La machine ne les voit pas. »

Alors oui, tout artiste est un copieur. Au même titre qu’une IA. Sauf que l’humain ajoute sa touche perso. Or l’entrepreneur n’est-il pas de surcroît un inventif ? Avec sa propre vision/sensibilité justement ? « Les métiers qui ont le moins de chance d’être automatisés sont ceux qui font appel à la créativité, au management, aux qualités d’empathie. En bref : aux soft skills. »

Une aide à la décision

Pour Olivier Mégean, président de demain.ai, cabinet spécialisé en intelligence artificielle, la chose est entendue. « La machine est une aide à la décision. Elle ne remplace pas le boulot des créatifs mais leur donne des axes, par exemple pour dessiner des vêtements. » L’assistance à la créativité par l’IA se développe car elle offre des moyens nouveaux. Décuplés. « Les entrepreneurs sont alors capables de produire des choses qu’ils n’auraient pas pu créer sans l’intelligence artificielle. » Tout simplement car elle réduit les coûts pour traiter un grand nombre de données. Là où de grosses équipes auraient été nécessaires auparavant.

« Je dirai même que l’IA est typiquement un produit pour entrepreneur, assume le co-auteur de L’intelligence artificielle pour le business. Ils ont besoin d’outils pour leur permettre d’aller plus vite, de positionner leurs produits ou d’entrer dans certains secteurs. » En d’autres termes : une mise en œuvre facilitée sur la base de leurs idées. « C’est une opportunité exceptionnelle, un vrai plus ! Olivier Mégean ne mâche pas ses mots. Je pense que la disruption peut venir des PME car finalement, de manière très agile avec des outils ultramodernes, de petites boîtes réussissent à bousculer les grands groupes. »

Moins d’une seconde

On parle d’entrepreneur augmenté. Empowered. Avec plus de moyens et de pouvoir. En revanche, l’entrepreneur remplacé par la machine est à ranger du côté de la dystopie. Une calculatrice seule ne sert à rien ! C’est la créativité humaine dans l’utilisation de l’outil qui fait la différence.

On l’aura compris, toute tâche répétitive est susceptible d’être automatisée par des robots, comme tous processus cognitifs qui durent moins d’une seconde. Mais dès lors qu’il y a réflexion, connexion entre individus, discussion pour arriver à la bonne solution, ou encore, gestion d’une communauté d’employés et compréhension des clients, là c’est autre chose !

Alors oui, la machine imite très bien les comportements humains.
Ou plutôt : c’est ce qu’elle essaye de faire.

1 commentaire

Bravo pour cet article. Très intéressant ! Merci.

Par Habib Oualidi, le 12 juillet 2019

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