EHPAD versus Covid-19, un exercice d’équilibriste

EHPAD versus Covid-19, un exercice d’équilibriste

EHPAD

Dimanche 19 avril, Olivier Véran, Ministre de la Santé, annonçait la réouverture des EHPAD aux visiteurs. Une annonce qui permet enfin aux familles de se rendre auprès de leurs proches résidant en maison de retraite.

Il faut bien l’avouer, personne n’avait prévu une crise sanitaire d’une telle ampleur. Très vite, les grands groupes d’EHPAD ont dû faire face à une vague d’épidémie qu’ils n’avaient pas anticipée. Comment les directeurs d’établissements gèrent-ils la crise ? Comment se déroulent les visites maintenant autorisées ? Quel avenir se dessine pour les EHPAD suite au Covid-19 ? Réponses de Laurent Levasseur, Président du directoire de Bluelinea.

Protéger et maintenir le lien social : le casse tête des EHPAD

« Au début de la crise, les EHPAD ont été un peu oubliés », déplore Laurent Levasseur. Il ajoute : « On a commencé par compter les décès dans les hôpitaux mais pas vraiment dans ces établissements ». Plusieurs semaines ce sont ainsi écoulées avant que l’on s’aperçoive de la gravité de la situation dans les maisons de retraite. « Et encore aujourd’hui, les directeurs d’EHPAD doivent trouver des solutions seuls pour gérer cette crise » souligne Laurent Levasseur. Dès lors, plusieurs stratégies ont été mises en place.

Pour se protéger du coronavirus, les résidents se voient contraints de se confiner dans leur chambre où ils reçoivent tous leurs repas. Impossible de se déplacer dans les couloirs ou de se rendre dans les lieux communs de la résidence, sauf en de très rares occasions. « Un EHPAD ce n’est pas un hôpital, on aime bien que les patients sortent de leur chambre », rappelle Laurent Levasseur. « La problématique du confinement dans la chambre, c’est que ces personnes se désociabilisent un peu plus. Elles finissent par vraiment s’ennuyer » explique-t-il. Car au sein des maisons de retraite, les résidents forment une société. Ils ont leurs amis, leurs voisins, leurs habitudes. Pendant le confinement, ce ne sont pas seulement leur famille qui leur manque, mais aussi les autres résidents et le personnel avec qui ils nouent des liens très particuliers.

Laurent Levasseur estime que cet isolement, bien que nécessaire, entraîne des effets secondaires loin d’être anodins. Un avis partagé par l’association France Alzheimer qui interpellait mercredi dernier le Ministre de la Santé. Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, ou de troubles cognitifs apparentés, ont particulièrement besoin de repères réguliers, souvent liés à un proche, sous peine de lourdes conséquences sur la dégradation de leur état de santé.

Les visites d’un proche en EHPAD de nouveau autorisées

Laurent Levasseur l’affirme, « Il faut absolument permettre à des personnes âgées de rétablir le contact  avec leurs proches. Un vrai contact visuel et physique, pas seulement au travers d’une tablette ». Les visites autorisées depuis lundi 20 avril doivent cependant respecter un protocole strict afin d’éviter toute contamination.

Ainsi, les rencontres ne se feront pas dans la chambre du résident mais dans un lieu spécialement préparé pour ces retrouvailles. Une pièce dédiée qui pourra être entièrement désinfectée après chaque visite. Deux visiteurs maximum seront autorisés et ils devront s’équiper complètement (surblouse, masque, gants) avant de rejoindre leur proche.

Les résidents ou leur famille font la demande de ces visites, mais le directeur d’établissement reste le seul maître à bord. « Il a à la fois la responsabilité d’autoriser les visites mais aussi la capacité de prendre les décisions de bon sens qu’il juge nécessaires », confie Laurent Levasseur. « L’autonomie des directeurs d’établissements est primordiale. Car c’est une situation qui peut être différente d’un établissement à l’autre et qui dépend des infrastructures, du mobilier… Elle doit être réfléchie au cas par cas » précise ce dernier.

Qu’en est-il des personnes âgées vivant seules ?

Selon l’association Les Petits Frères des Pauvres, 300 000 personnes de plus de 65 ans en France vivent dans un état de mort sociale. C’est à dire qu’elles n’entretiennent plus aucun lien social et peuvent passer plusieurs journées sans parler à quiconque. Dès lors, Laurent Levasseur alerte sur le « risque avéré de découvrir dans quelques temps un nombre beaucoup trop important de personnes qui seraient décédées seules à leur domicile ».

Ces personnes isolées se trouvent souvent dans une situation de fracture numérique. Elles ne peuvent pas faire leurs courses sur internet ou se faire livrer. Malgré le confinement, elles n’ont donc pas d’autre choix que de continuer à sortir pour faire leurs courses, et de s’exposer au virus.

De plus, le caractère instable de la maladie laisse craindre le pire pour ces individus isolés. « Tout va bien et en quelques heures votre état change. Il devient de plus en plus critique. Si vous n’avez pas la force d’alerter quelqu’un après une chute ou un moment de faiblesse, on peut considérer que vous êtes dans un risque certain » prévient Laurent Levasseur. C’est pourquoi BlueLinea a bâti une opération nationale en collaboration avec les mairies afin de veiller à ce que ces populations ne se trouvent pas dans cette situation critique.

Après le coronavirus, quel avenir pour les EHPAD ?

On ne va pas se mentir, les EHPAD ne jouissent pas d’une grande popularité. Selon un rapport de Concertation Grand Âge et Autonomie publié en mars 2019 par le Ministère des Solidarités et de la Santé : « 80% des Français considèrent qu’entrer en EHPAD signifie perdre son autonomie de choix ».

« Les EHPAD vont devoir se réinventer entre lieu de vie et ouverture », affirme Laurent Levasseur pour qui l’épisode que nous vivons n’incitera certainement pas davantage les seniors à s’installer en maison de retraite. « Moi je le comprends », confit-il. Et d’ajouter : « Mais arrivera un jour où ce ne sera plus raisonnable de ne pas y aller. […] En revanche, il serait préférable de repousser cette date d’entrée en maison de retraite ». C’est dans cette idée que Bluelinea imagine le concept d’EHPAD à domicile. Un système qui permet à certaines personnes de repousser la date de leur entrée en établissement médicalisé.  « On s’est dit qu’il etait possible de coordonner les services à domicile et ceux de l’EHPAD » . Ainsi, le personnel d’une maison de retraite peut délivrer autour de la résidence, dans un rayon d’un quart d’heure, différents services pour permettre à des individus de rester plus longtemps chez eux.

Au-delà de l’EHPAD, c’est la relation avec nos aînés qui est en train d’évoluer. En témoignent les nombreux élans de solidarité adressés à des personnes âgées pendant la crise. « Les EHPAD, qui ont été au départ oubliés, font l’objet d’une attention toute particulière. Et je pense que les élans de solidarité sont à la hauteur de ce que nous vivons. Durant cette crise on s’aperçoit qu’une grande partie d’entre nous souhaite fournir son effort de guerre et aider l’autre. […] C’est remarquable. On se dit qu’on ne vit pas dans un monde si égoïste que ça » conclut Laurent Levasseur.

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