Save, Take Eat Easy, ChicTypes : pourquoi ces startups en pleine croissance n’ont plus d’argent ?

Après Save et Take Eat Easy, c’est désormais la startup ChicTypes qui vient d’annoncer sa mise en redressement judiciaire. Des experts de l’écosystème entrepreneurial nous éclairent sur les raisons de ces renversements inattendus. 

Trop de croissance tue la croissance. « La semaine passée, nous avons dépassé le million de livraisons. Et malgré ça, nous sommes aujourd’hui en redressement judiciaire », a annoncé Chloé Roose, cofondatrice de Take Eat Easy sur la plateforme medium. Devenue leader de la livraison de restaurants en Belgique et en France avec une croissance mensuelle de plus de 30%, la startup a malgré tout été obligé de déposer les armes.

« Si on prend l’exemple de Take Eat Easy, ils ont choisi de monter un business dans un domaine extrêmement concurrentiel : le food delivery. Ils ont investi beaucoup d’argent dans le marketing pour gagner en part de marché, mais ils n’étaient pas aussi gros que Foodora ou Deliveroo. Quand les résultats ne sont pas à la hauteur à cause de coûts trop élevés, les investisseurs deviennent frileux et la startup ne parvient plus à lever des fonds », indique Michel de Guilhermier, Président de l’Accélérateur Capital Partners.

Save est placé en redressement judiciaire depuis le 5 juillet

Un scénario catastrophe qui rappelle celui de SaveEntrée en redressement judiciaire le 5 juillet, la startup avait pourtant battu tous les records : 15M€ levés en 2015, un CA passé de 100K€ par mois à 100K€ par jour et un effectif passé de 30 à près de 400 salariés en moins de 18 mois.  « Tout le monde a pris son shot de dopamine et s’est senti pousser des ailes. Moi le premier. Sauf que nous n’avons pas maîtrisé cette croissance », confesse Damien Morin dans son annonce.

Une chute vertigineuse que l’entrepreneur de 25 ans explique par une finance approximative ou une gestion de stock « brinquebalante ». Et, Damien Morin n’avait pas prévu le nombre considérable de vols en corners, ni l’échec de son ouverture sur le marché espagnole et allemand.

« La startup a levé trop d’argent, trop vite »

Pour Sébastien Matykowski, associé-gérant de Capival, il faut souligner un effet structurel. « Dans le contexte global du private equity, il y a aujourd’hui plus d’argent sur le marché qu’il n y en avait auparavant. Et donc, plus d’argent pour les bons dossiers comme Save. Mais ils ont levé trop d’argent, trop vite », explique-t-il.

« On a cramé l’argent qu’on avait reçu », souligne Damien Morin. La startup a en effet voulu capter le marché en ouvrant de nombreux points de ventes, pas rentables. « Il ont commis des erreurs de déploiement. Leur organisation était orientée CA et non rentabilité. On peut être en croissance, mais dégager des pertes, comme ça a été le cas pour Save, est très risqué », insiste Sébastien Matykowski.

Un bon entrepreneur doit avoir une gestion saine

Si les investisseurs ne semblent pas avoir mis de garde-fous, Save reconnaît une faille dans sa gestion. « On peut vouloir conquérir le monde comme Mark Zuckerberg, mais il est primordial d’avoir un modèle économique pérenne. Au delà du rêve de disruption, une gestion saine reste indispensable pour prospérer. Un bon entrepreneur doit être pragmatique », affirme Michel de Guilhermier.

Attention, tout n’est pas perdu cependant pour Save. Jusqu’à preuve du contraire, l’aventure continue. Damien Morin compte d’ailleurs sur le soutien de ses investisseurs historiques pour se relever. Quant à ChicTypes, la startup espère au mieux un rachat. Peut-être est-ce là la vraie solution.

Entrepreneurs, pensez-y.

@JulieGaleski 

Julie Galeski

Rédactrice pour Widoobiz, Julie Galeski couvre l'actualité des entreprises et des entrepreneurs. Amatrice de Taekwondo et passionnée de sciences-économiques, Julie Galeski tente d'apporter ses valeurs et sa culture dans ses actualités Entrepreneurs & Startups.

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16 Commentaires sur "Save, Take Eat Easy, ChicTypes : pourquoi ces startups en pleine croissance n’ont plus d’argent ?"

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Claude Ananou
Invité
Claude Ananou

Entreprendre, ce n’est pas seulement lever des fonds. Ce n’est pas une finalité. Or, vous ne mettez en valeur que trop souvent cet aspect sur votre newsletter.

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domipalacci
Invité

Où l’on découvre qu’une Entreprise doit être rentable pour être saine.
Les leçons de la bulle internet de 2000 n’auraient-elles pas été tirées ?

financier
Invité

qui pense aux fournisseurs ???

Arnaud
Invité
Autre piste qu’une « mauvaise gestion de l’hypercroissance » pour expliquer ces plantages: les modèles économiques de ces 3 sociétés sont discutables – Chictypes a structurellement de gros coûts fixes (plateforme de stylistes, logistique des malles avec gestion des retours et des inventaires etc) couplés à des coûts d’acquisition probablement monstrueux (carpet bombing sur FB) le tout sur le marché compliqué de la mode homme – Save a de très mauvais avis (tapez « Avis Save » sur Google pour vous faire une idée), ses tarifs sont supérieurs à ceux d’Apple (changer écran d’iPhone 6 = 127€ chez Apple, 149€ chez Save) et vit… Read more »
Ben
Invité
Effectivement, dans le joyeux monde des start-up, on entend plus parler de croissance et de levée de fond que de rentabilité. Save est une entreprise de Service. Elle n’a pas de cout de developpement de produit comme ChicTypes. Plus elle vend du service, plus elle recruter des tech et achète des pièces. C’est très simple de gérer ses couts dans une entreprise de service. Si un stand n’est pas rentable, on le ferme, on réduit les équipes etc… On peut être rentable avec 1 stand. Save a voulu se developper trop vite. Pourquoi ne pas avoir quadriller la France avant… Read more »
Alessandro Thellung
Invité
Alessandro Thellung

« Entré en redressement judiciaire le 5 juillet, la startup avait pourtant battu tous les records : 15M€ levés en 2015, un CA passé de 100K€ par mois à 100K€ par jour et un effectif passé de 30 à près de 400 salariés en moins de 18 mois. »

Il me semble que si – pour gérer un CA qui a augmenté 10 fois – il faut 13 fois plus de personnel, on a mis en place une croissance qui produit des pertes …

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[…] en 2016, soit la moitié de son CA annuel !! Certains sont morts, comme Take Eat Easy, ou Save ou ChicTypes, consacrant l’échec de la fuite en avant du recrutement massif de client. En fait personne […]

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[…] mais pas coulé. Entreprise de coursiers haut de gamme reconnue, Coursier.fr partageait avec Take Eat Easy les mêmes valeurs : la rigueur, le service au client et le respect des délais impartis. […]

financier
Invité

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