Souvent perdues dans le flot de paperasse administrative, en quête de visibilité sans trop savoir comment s’y prendre, les startups sont des cibles faciles. Certaines entreprises en profitent pour leur vendre des services, via des techniques commerciales plutôt borderline…

Signature d'un contrat

Une parution journalistique… contre de l’argent

Lorsqu’on vient de lancer sa boîte, se faire connaître est essentiel. Certaines entreprises l’ont bien compris et jouent sur ce besoin de visibilité des startups, en tentant de leur vendre la publication d’un article dans un magazine économique. Ce qu’ils ne précisent pas d’emblée, c’est qu’il s’agit d’un publi-reportage et non d’un véritable article de presse…

« Fin 2016, nous avons été contactés par un grand magazine de presse économique française », raconte Adrien*, co-fondateur d’une startup spécialisée dans le transport en commun. « Ils nous ont expliqué qu’ils préparaient un numéro spécial transport, et qu’ils souhaitaient interviewer plusieurs startups de ce secteur. La promesse : un article print à paraître au sein d’un dossier thématique, un article web accessible en home page pendant 3 mois et une vidéo réalisée dans nos locaux, dont nous conserverions les droits. Une belle mise en avant… pour la modique somme de 10 000 € ! ». Au départ, leurs interlocuteurs restent assez vagues et surtout, pressants, évoquant un bouclage à 2 ou 3 semaines. « En recevant leurs documents, on a réalisé que nous n’avions pas échangé avec des journalistes du magazine, mais avec une société partenaire. Le fameux article qu’ils cherchaient à nous vendre était en fait un publi-reportage ».

Des sites web vendus en « one-shot »

Si vous avez besoin de créer un site Internet mais que vous n’avez pas de développeur dans votre entreprise, l’option la plus classique est de recourir aux services d’une agence web. La plupart d’entre elles font un travail très sérieux, mais certaines ont des pratiques bien plus douteuses.

C’est le cas de la vente en one-shot, qui permet à l’agence de réaliser une vente instantanée, sans vous laisser le temps de bien lire le contrat. Bien souvent, ce dernier n’est pas un simple contrat de création, mais aussi un contrat de location. L’agence web réalise bien votre site web – elle propose même de le faire à un tarif très attractif, voire gratuitement. Néanmoins, celui-ci est généralement de piètre qualité, et ne permet aucune modification ultérieure. Qui plus est, l’agence le revend immédiatement à un organisme financier, qui va ensuite exiger le paiement d’un crédit-bail sur au moins deux ans. Organisme auprès duquel vous vous êtes engagés sans le savoir, en signant le contrat. In fine, vous pouvez être amené à débourser plusieurs milliers d’euros… une note salée pour une prestation prétendument gratuite.

De la pub contre du capital 

Le Media for Equity a vu le jour dans les 1990’s, et permet aux startups prometteuses d’obtenir une visibilité indispensable à leur développement. Le principe ? Un groupe média met des espaces publicitaires à disposition d’une jeune pousse en échanges de parts dans son capital. Une stratégie win-win : les entrepreneurs ont accès à des campagnes médias de grande échelle, incompatibles avec leur trésorerie, et les groupes médias mettent un pied dans l’univers des startups, tout en monétisant différemment leurs activités.

Souvent, leur prise de participation se limite à 10 %, et permet aux startups de vraies retombées en termes de notoriété. Néanmoins, certains médias vont proposer des deals beaucoup moins intéressants… « Il y a quelques années, nous avons été contactés par la direction d’un magazine qui proposait de racheter 50 % de notre startup. En échange elle nous promettait de figurer à la une de son magazine pour une durée indéterminée », raconte Benoît*, fondateur et CEO d’une startup spécialisée dans la communication et les médias. « Ce pourcentage nous a semblé bien trop élevé par rapport à ce que cela pourrait nous rapporter et nous avons décliné l’offre ». La visibilité, oui, mais pas à n’importe quel prix.

Comment déjouer les pièges ?

  • Lisez toujours attentivement l’intégralité des contrats que l’on vous propose, y compris les clauses rédigées en petits caractères.
  • Au moindre doute, demandez l’avis de votre expert-comptable, ou de tout autre professionnel qualifié.
  • Ne cédez pas à la pression. Même si ces entreprises vous poussent à prendre une décision dans un délai très court, prenez le temps de la réflexion et ne signez jamais de contrat dès le premier rendez-vous.
  • Méfiez-vous des tarifs prétendument attractifs, et étudiez les prix du marché. Un prix trop bas est souvent louche. Vous pouvez aussi contacter plusieurs prestataires pour comparer les offres.
  • Attention aux belles promesses. Vérifiez que les résultats que l’on vous assure sont bien indiqués dans le contrat, au même titre que les moyens mis en œuvre pour y parvenir.
  • Dans le cadre de la création d’un site web, veillez à ce que votre contrat inclue une clause de cession des droits d’auteurs. Celle-ci doit vous permettre de rester propriétaire de votre site, de son contenu et de son nom de domaine.

Zoom sur les arnaques à la création d’entreprise

Moins des « faux bons plans » que de véritables arnaques, ces tromperies visent près d’un créateur d’entreprise sur deux. Peu de temps après leur immatriculation au Registre du commerce et des sociétés, ils se voient sollicités par des entreprises frauduleuses, qui se font souvent passer pour des organismes officiels. Ces dernières leur réclame alors le paiement de diverses prestations, soi-disant obligatoires, telles que des frais de publicité, l’inscription dans des annuaires professionnels, ou encore le règlement de la TVA intra-communautaire. Les escrocs jouent sur la pression, avec une injonction de payer dans un délai très court. Bien sûr, la précision sur le caractère facultatif du service proposé n’apparaît qu’en très petits caractères… Mieux vaut donc bien étudier les documents que vous recevez et, au moindre doute, consulter votre expert-comptable. Vous pouvez aussi vous rendre sur le blog de GIE Infogreffe qui répertorie un certain nombre d’arnaques aux faux registres.

* Les prénoms ont été modifiés

Pauline Capmas-Delarue

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