Alain Migneault : de SDF à l’ISF, histoire d’un « self made-man »

Alain Migneault : de SDF à l’ISF, histoire d’un « self made-man »

Portrait d'Alain Migneault, le fondateur de Weroes

Alain Migneault a 49 ans et un parcours pour le moins atypique. Une success story à la québécoise, qui l’a conduit des tréfonds de Montréal aux sommets de l’activisme numérique. Rencontre.

Alain Migneault a connu la misère et embrassé la richesse. Il aime « conter son histoire » sans filtre, celle d’un gamin à la rue qui rêvait de changer le monde. Un demi-siècle plus tard, le monde n’a pas changé, mais Weroes est né.

Avec la vocation d’unifier les actions collectives en une seule et même plateforme qui rassemble pétitions, boycotts et lettres ouvertes, son « réseau social d’action mondiale » veut donner du poids à la contestation numérique. Grâce à ses 250 000 usagers dans 228 pays, le projet d’Alain Migneault a pris une ampleur sans précédent, et puise ses racines dans le parcours de son créateur. Pour le comprendre, retour en 1970 dans le quartier défavorisé de Saint-Henri à Montréal.

Alain assiste au divorce de ses parents – dont l’un est alcoolique et l’autre, dépressif – alors qu’il n’a même pas un an. Son enfance est marquée par les souvenirs de coupons pour le pain à la banque alimentaire et de vols de camions de nourriture qui réapprovisionnaient les supérettes.

« Si je voulais sortir de cette misère, il fallait que je quitte ma famille »

Mais Alain Migneault comprend très vite comment s’en sortir. Dès ses 10 ans, le jeune Montréalais quémande de l’argent au coin de la rue. À 12 ans à peine, il pousse la porte d’un restaurant de hot-dogs et décroche son premier emploi. « À 15 ans, j’ai eu mes premiers 1000$ sur mon compte en banque. J’avais conscience que si je voulais sortir de cette misère économique et psychologique, il fallait que je quitte ma famille. J’ai donc loué mon premier appartement à 16 ans ».

Alors que le jeune homme suit des cours pour devenir anthropologue, une étrange rencontre bouscule ses plans. Sa « sorcière », comme il l’appelle, le destine à une vie de businessman. Charlatan ou véritable voyante, impossible à dire, mais, peu de temps après, l’étudiant rencontre un antiquaire et devient vendeur.

Des bullshit jobs à la conquête de l’immobilier

C’est le début d’une déferlante de petits boulots. Très vite, Alain gagne de l’argent, beaucoup d’argent, sans doute grâce à ses talents de vendeur et sa capacité à saisir les opportunités. Il passe d’antiquaire à gérant d’une société de nettoyage, avant de vendre des machines à préservatifs… Mais aucune de ces activités ne le comblent plus de deux ans. « À un moment donné, j’étais tanné (fatigué, ndlr) de passer tout mon temps à faire ça. Je me suis dit : ‘il faut faire des gros dollars et optimiser mon temps’. Donc j’ai vendu ». Il se lance alors sur le marché des bornes internet et équipe tout Montréal. Exit, les problèmes d’argent, Alain découvre les joies d’une vie confortable.

Pourtant, du haut de ses 26 ans, l’enfant de Saint-Henri ne se sent pas à sa place. Après avoir refoulé son intuition en enchaînant les bullshit jobs, l’idée d’un projet à impact social germe dans son esprit. Sans savoir vraiment par où commencer, l’entrepreneur se fait auteur. Son livre de développement personnel, Le régime mental. Comment s’autoprogrammer pour réussir ? suscite le mépris des éditeurs. Encore une fois, Alain ne se laisse pas démonter.

En quête de fonds pour son livre, le Québécois se lance dans l’immobilier, aidé par un ami qui le finance. Après avoir investi 400 000$ dans des appartements, il revend tout pour 15 millions en 2005. Comme quoi, sa « tireuse de cartes » avait vu juste : « j’ai toujours doublé les valeurs de tout ce que j’ai acheté ».

Alain Migneault

« C’est comme si j’avais eu un pacte avec la vie qui disait : ‘je vais te laisser réussir, mais il faut que tu fasses quelque-chose pour les autres’ »

Après avoir conduit des voitures de luxe, effectué 32 croisières, Alain réalise, dans un hamac à Cancún, que son confort ne le satisfait pas pleinement. « Un coup de tonnerre m’est tombé dessus. C’est comme si j’avais eu un pacte avec la vie qui disait : ‘je vais te laisser réussir, mais il faut que tu fasses quelque chose pour les autres’ ».

Quand l’entrepreneur rentre de voyage, il se sent poussé par une forme d’urgence à agir. L’ouverture d’un deuxième bureau pour développer son projet social concrétise son action : « j’ai appris qu’en 2025, on aura besoin d’une autre planète pour vivre. Ça me choque ! »

Accompagné de programmeurs, de développeurs, et de « soi-disant professionnels du marketing », le self-made man décide de monter un site de mobilisation sociale : « Un à un changeons le monde une personne à la fois ». C’est un fiasco. D’une part, le site ne peut pas être enregistré dans les pays anglophones à cause de son nom, d’autre part, il ne connaît que très peu de visites. Un an et 250 000$ plus tard, le projet est abandonné.

 « Weroes ne demande pas de l’aide. […] Weroes est centré sur l’égo »

Les causes de ce flop ? D’après Alain, « l’être humain accomplit des bonnes actions uniquement s’il est vu, reconnu, et encensé ». L’égoïsme ambiant et le besoin de reconnaissance des individus, l’entrepreneur en a fait sa marque de fabrique.  Il veut se démarquer des autres plateformes de mobilisation qui « ne font que demander de l’aide ».

Pour son fondateur, un seul mantra prévaut : « le changement est dans l’action ». L’idée de Weroes consiste à rassembler les activistes, et les vrais ! Il ne suffit pas d’en parler, il faut, comme le disait Gandhi, « être le changement que vous voulez voir dans le monde ».

Être, incarner. C’est le but de l’entrepreneur : que tous les Canadien(ne)s puissent devenir actionnaires de Weroes. « C’est un projet de société qu’il faut rendre au peuple ».

 

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