Cet été, oubliez les plages de sable chaud, la torpeur doucement caliente des vacances post métro-boulot-dodo. Découvrez des congés expérimentaux, atypiques. Fous, en un mot. Pour cette dernière semaine, arpentez des lieux fantomatiques qui poussent à réfléchir à nos propres excès… Expérience instructive garantie !

 

Tchernobyl, le tourisme de catastrophe

Le plus grand accident nucléaire de l’histoire se love dans la campagne morne d’Ukraine à une bonne centaine de kilomètres de Kiev. Petit rappel tristement historique : le 26 avril 1986, le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl explose. La catastrophe tue des milliers de personnes (directement et indirectement) et oblige les habitants des villes alentours à tout quitter du jour au lendemain sans possibilité de retour.

La plus emblématique de toutes sans doute, Prypiat peut être explorée depuis 2010. On déambule dans une ville spectrale, au milieu des biens que les 50 000 habitants ont dû abandonner pour cause d’irradiation. Mais attention, cette visite ne s’improvise pas : il faut un délai d’au moins 2 semaines pour obtenir l’autorisation administrative et y aller avec un guide certifié. Vous signez une décharge et il est conseillé de ne rien toucher, rien ramener voire jeter tout ce que vous y avez porté (de vos vêtements à un éventuel appareil photo).

L’idée avec le tourisme de catastrophe – autrement dit le « dark tourism » – ne doit pas être celle d’une démarche voyeuriste et sensationnaliste, mais d’envisager cette incursion comme un tourisme de mémoire.

 

Gunkanjima, l’île fantôme de Mitsubishi

Au large de la ville de Nagasaki, se dresse une île à la silhouette de cuirassé. C’est Mitsubishi qui a bâti cette terre de béton. En 1887, l’entreprise nipponne découvre en effet une mine de houille et décide d’installer directement sur le site ses ouvriers pour gagner en rentabilité. Ces derniers goûtent à l’insularité avec leurs familles dans des bâtiments de plusieurs étages au milieu d’écoles, de commerces, d’un hôpital, d’un cinéma ou d’aires de jeux notamment.

La visite – possible depuis 2009-2010 – amène sur la partie la moins urbanisée de cette île artificielle et permet d’en faire le tour en bateau. Abandonnée depuis 1974 car la houille a cédé sa place au pétrole dans l’économie japonaise, Gunkanjima (aussi appelée Hashima) détient un record : la plus forte concentration humaine de l’histoire. Ses 6,3 hectares ont accueilli jusqu’à 5 300 habitants, soit 139 100 personnes au km2 sur la partie la plus construite de Hashima !

 

Naypyidaw, la capitale mégalomaniaque

La « demeure des rois » de Birmanie n’a de royal que le nom à en croire ceux qui viennent fouler ses routes… désertes ! Cette ville quasiment dénuée de vie a été construite il y a une dizaine d’années à 320 km au nord de Rangoon. Bâtiments XXL, autoroutes à 10 voies ont ainsi succédé à une superbe forêt tropicale de tecks tout bonnement déboisée. Le général Than Shwe qui a dirigé le Myanmar (et oui, le pays a changé de capitale, mais aussi de nom !) jusqu’en 2011 aurait fait ce choix selon l’astrologie.

Résultat ? Pour un coût de plus de 3,5 milliards d’euros, Naypyidaw fait six fois la taille de Manhattan, est dépourvue de centre-ville… mais aussi de citadins. La junte estime la population de sa nouvelle capitale à 1 million d’habitants, mais il y aurait à peine un dixième de ce chiffre, selon les observateurs extérieurs. D’autres l’estiment quasiment déserte, n’y ayant croisé pour seuls piétons que des balayeurs.

Ultime folie des grandeurs, la pagode Shwedagon de Rangoon y est reproduite. On trouve aussi un musée des pierres précieuses, des stades de 30 000 personnes, des golfs ainsi que l’électricité jusque sur les routes dont les lampadaires n’éclairent que les insectes… Une hérésie quand on sait, qu’à la nuit tombée, celles de Rangoon restent plongées dans le noir. Très loin de l’esthétique romantique de certaines ruines, Naypyidaw est une expérience surréaliste. Tout simplement édifiante !

 

Detroit, du déclin à la renaissance 

Sans parler de ville fantôme, Detroit connaît une hémorragie économique et humaine depuis des décennies, le tout ayant empiré avec la crise des subprimes. La ville américaine qui a incarné le succès de l’automobile et sa place centrale dans nos vies – Detroit est le bastion de Ford – s’est notamment heurtée à la ségrégation et au délabrement de ses infrastructures. On garde en mémoire les alignements de pavillons branlants et désaffectés (114 000 terrains vides et 30% des constructions vacantes), le béton fracturé des bords de route envahis d’herbes folles et la gare centrale, immense bâtiment abandonné depuis 30 ans.

Mais les choses bougent. L’éclairage public fait son retour. Un come-back salvateur quand on sait que 40% de l’électricité de la métropole ne fonctionnerait plus. 40 000 bâtiments insalubres sont ou vont être démolis, tandis que les routes doivent entamer une cure de jouvence. Quant à l’emblématique gare centrale de 18 étages, elle a été rachetée par Ford qui devrait entièrement la rénover pour en faire un nouveau lieu de vie du cœur de ville. Certaines adresses renaissent déjà… Parmi elles, l’Orchestra Hall, les hôtels Fort Shelby et Book-Cadillac ou la Cleveland School.

Le post-industriel a donc de l’avenir. C’est en tout cas ce que pense Antoine Demoussaud. Ce Français a en effet monté son agence immobilière pour permettre aux petits Frenchies d’investir sur les terres de l’Oncle Sam… à Detroit bien sûr !

 

Emilie Kremer

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