Débloquons les micro-formations !

Débloquons les micro-formations !

Publié le 18 décembre 2019

Des modules de seulement quelques heures peuvent ouvrir de nombreuses portes vers l’emploi. Mais notre système de formation fait tout le contraire.

42… c’est une école française, mais ses formations ne sont pas reconnues par l’État. Pourtant, toutes les boîtes de la tech se ruent sur ses étudiants : l’école 42, fondée par Xavier Niel, a réussi le pari de l’autoformation et du peer learning. En trois ans, elle a mis au grand jour le défi majeur auquel est confronté notre marché de l’emploi : la nécessité de sortir d’un système de formation basé tout entier sur la seule puissance du diplôme. Toutes les études, notamment celles de la Cour des comptes, le montrent : malgré des moyens colossaux, la formation continue “à la française” est inefficace, et profondément inégalitaire. Elle passe en priorité par les entreprises et profite aux salariés les mieux intégrés et déjà diplômés : ceux qui sont en CDI, à temps plein, dans des grands groupes.

En revanche, les jeunes, les non-cadres, les non ou peu diplômés, les chômeurs, en bénéficient le moins. Alors que ce sont eux qui en ont le plus besoin : fin 2017, plus de la moitié des chômeurs en France n’avait pas le bac. Un million de chômeurs n’avait pas le niveau du CAP. Et le taux de chômage des ouvriers dépassait les 20%. Alors que celui des cadres était cinq fois plus faible …

Adapter des qualifications décisives

Sortir de ce cercle vicieux est possible. Cela nécessite de réinjecter de l’agilité et de la flexibilité dans notre système de formation. De faire descendre de son piédestal le tout-puissant diplôme et la formation qualifiante de six mois-un an.

D’admettre qu’aujourd’hui, l’entreprise a plus besoin d’un personnel qualifié que diplômé. D’admettre qu’aujourd’hui, dans des métiers en pénurie comme celui de développeur, une formation de quelques jours sur l’intelligence artificielle, le javascript ou le deep learning, ouvre de réelles portes d’embauches.

C’est plus vrai encore dans le monde des cols bleus. Chez Gojob, nous le voyons : un intérimaire formé reste en moyenne trois fois plus longtemps en intérim. Un Gojobber passe en moyenne 6 à 10 heures de formation chez nous. Les formations n’ont pas besoin d’être longues même quand elles portent sur des qualifications décisives : la conduite d’engins spéciaux, la sécurité sur une ligne de montage … Quelques heures, quelques jours, quelques centaines d’euros seulement. Mais qui font toute la différence.

Apprendre par le partage

L’efficacité de ces formations repose sur leur format court. Mais aussi sur la puissance de la formation par les pairs. C’est l’autre travers de la formation à la française : l’apprentissage hiérarchique, descendant, plutôt qu’horizontal, par le partage et l’expérimentation. Le Conseil d’analyse économique, organe lié au Premier ministre, dénonce lui-même dans un rapport de 2018 « des méthodes pédagogiques françaises singulières au sein des pays de l’OCDE, laissant peu de place à la personnalisation du travail et au travail coopératif, au pro­fit d’un enseignement vertical privilégiant le travail individuel, associé  à  un  système  d’évaluation  anxiogène  qui  perpétue  les écarts de performances »..

Plusieurs acteurs privés, comme Gojob, essaient de lutter contre ce phénomène des plateformes de mini formations en peer learning. Mais pour changer d’échelle, il faut que l’État s’empare du sujet et déploie un véritable plan Marshall de la formation courte. Une première pierre a été posée avec l’appli « Mon compte formation », qui va permettre de remobiliser les crédits de la formation individuelle. La deuxième pierre n’est pas forcément la plus chère : il s’agit de décentraliser les processus de décision, donner plus de marge de manœuvre aux dirigeants d’établissements (secondaire, AFPA…) pour qu’ils puissent mettre sur pied de manière autonome, en quelques mois, en quelques semaines, les modules courts qui peuvent ré-ouvrir des portes vers l’emploi. C’est la seule manière de pouvoir s’adapter à un marché de l’emploi qui évolue tellement vite : mettre en place en l’espace de quelques mois des mini-qualifications, immédiatement valorisables. La Cour des comptes dénonçait à juste titre en 2008 un système « à l’offre de formation rigide », « largement inadapté aux besoins des individus et des entreprises ».

Dix ans après, alors que la situation a trop peu évolué, c’est en sortant du centralisme à la française que nous pourrons franchir un cap et transformer nos laboratoires de peer learning en ateliers de la formation, accessibles à tous, au service de l’emploi.

Pascal Lorne, fondateur de Gojob.com, agence d’intérim 100% digitale

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