Data : entre impostures et schizophrénie

Data : entre impostures et schizophrénie

Avis aux amateurs de croustillant, nous ne parlerons pas ici de Benjamin Griveaux. Mais plutôt d’un constat, la data, cette fameuse data, ce mot recouvrant une réalité pour le moins confuse et mal appréhendée nous fait, tous, terriblement peur. Et pourtant, avec la force de nos paradoxes, nous ne pouvons-nous en passer. C’est, d’une certaine façon, le piège parfait, le piège invisible.

Tout est parti, plus ou moins, du scandale Cambridge Analytica, l’opinion publique apprenait, ou feignait d’apprendre, que tout n’était pas gratuit, qu’il y a avait toujours, d’une manière ou d’une autre, un prix à payer. Ces méchants messieurs de la Silicon Valley exploitaient donc commercialement les données fournies librement pas leurs utilisateurs. Mais, au fond, qu’attendait-on. Facebook, Google et autres Amazon ne sont pas des ONG, et leur finalité mercantile, si elle est bien sûr atténuée par une sous couche de communication bien sentie, n’est absolument pas tue. Pourtant, nous nous confortons dans cette douce illusion que la gratuité de ces plateformes, que les services innombrables qu’elles nous rendent devraient être gratuits. Internet et la data comme de grands territoires démocratiques, librement partagés et, en miroir retourné, les géants du numérique comme nouveaux agents d’un régime totalitaire.

Comme souvent, les schémas réducteurs sont efficaces, et viennent conforter les idées préconçues. Rappelant néanmoins quelques états de fait. Aucun géant technologique, ou autre d’ailleurs, aucun réseau social, aucune plateforme collaborative n’oblige un individu à en devenir d’une part utilisateur et d’autre part à lui livrer ses données, les plus neutres ou les plus intimes. De la même manière, aucun de ces réseaux ne contraint ses utilisateurs à épier « stalker », pour employer le terme associé, le profil d’un autre utilisateur. Et, enfin, si l’on ne peut nier l’effet d’entrainement voyeuriste généré par les réseaux sociaux, on ne peut les tenir responsables de cette inclinaison aussi humaine que regrettable.

Pourtant, à chaque affaire qui éclate, nous retrouvons les mêmes postures outragées, les mêmes naïvetés feintes, la même hypocrisie. Car, au fond, où est la nouveauté ? Dans l’échelle de déploiement ? Peut-être. Dans la vitesse et la viralité ? Sûrement. Mais en aucun cas dans l’essence même du sujet. A l’image des premières cartes de fidélité des supermarchés nous incitant à indiquer très exactement le contenu de notre cadi en échange d’un éventuel et peu substantiel bon de réduction, nous continuons, tacitement, en connaissance, d’échanger nos données personnelles en espérant un retour sur investissement.

C’est peut être triste. C’est sûrement très bête. Mais c’est comme ça.

 

 

 

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