Gestion de l’épidémie de coronavirus : l’exemplarité marocaine

Gestion de l’épidémie de coronavirus : l’exemplarité marocaine

Maroc : gestion de la pandémie

Production de 5 millions de masques par jour, fabrication de respirateurs, dépistage de masse, aides aux entreprises… La gestion de la lutte contre la pandémie de coronavirus hisse le Maroc au rang d’exemple. Décryptage des mesures engagées dans le pays.

Lors du débat sur le déconfinement à l’assemblée nationale, mardi 28 avril, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé la gestion « calamiteuse » de la crise actuelle par l’exécutif en mettant en lumière « l’exemplarité marocaine » durant la pandémie. En effet, le royaume, dont le PIB est 23 fois inférieur à celui de la France, a su faire preuve d’une réactivité sans précèdent face à la menace du covid-19.

Dès le 20 mars, alors que le pays recensait moins de 70 cas d’infection, le ministère de l’Intérieur a déclaré l’état d’urgence sanitaire et le confinement de la population jusqu’à nouvel ordre. Les citoyens ne sont autorisés à sortir que pour se soigner, aller au travail ou faire des provisions. Des déclarations renforcées par deux projets de loi visant à punir d’une peine d’un à trois mois de prison et d’une amende allant jusqu’à 123 euros toute personne désobéissant aux autorités. Un montant équivalent à la moitié d’un smig marocain.

Dans les grandes villes, des unités de blindés de l’armée patrouillent et les policiers appellent les gens à rentrer chez eux grâce aux haut-parleurs installés dans leurs voitures de fonction.

5 millions de masques produits chaque jour et utilisation de la chloroquine

Depuis le début de la crise sanitaire, l’ensemble des soins sont gratuits dans tout le royaume. Cliniques et hôpitaux se sont réorganisés et les hôtels ont été réquisitionnés pour le personnel hospitalier ou pour servir de structure tampon pour les patients atteints du covid-19. Pour éviter de contaminer leurs proches, le personnel de santé logerait même à l’hôtel depuis le 25 mars. Plus de 12 000 chambres ont été mises à leur disposition gratuitement par divers groupes privés et publics.

Dans une des zones rurales, l’armée a même transformé en moins de 6 jours, un hangar en hôpital de campagne. Mais c’est surtout la fabrication de masques qui fait l’admiration du pays à l’international.  Dès le mois de mars, de nombreuses entreprises ont complètement réinventé leur activité. Trente-quatre usines du royaume ainsi que des filiales d’entreprises françaises au Maroc produisent désormais plus de 5 millions de masques par jour. De cette manière, le port du masque a pu être rendu obligatoire depuis le 7 avril. Et chaque marocain peut s’en procurer dans toutes les pharmacies, supermarchés ou encore épiceries de quartier pour moins de 7 centimes d’euro. Le Maroc se lance également dans un large plan de dépistage avec un objectif – encore non atteint – de 10 000 tests par jour, opérés par neuf laboratoires. Un premier lot de 100 000 kits de dépistage a été importé de Corée du Sud. Au 19 avril, environ 14 000 personnes avaient été testées, permettant d’identifier 2 855 cas positifs et plus de 11 300 cas négatifs

Pour les soins aux patients atteints du covid-19, le Maroc a opté pour l’utilisation de la chloroquine.  Alors qu’en France, son utilisation fait encore l’objet de débat, le Maroc a décidé d’intégrer l’antipaludique dans les protocoles hospitaliers. L’Etat a ainsi réquisitionné l’intégralité du stock de Nivaquine de l’Usine Sanofi à Casablanca.

 

Aide aux entreprises : des mesures à l’aune du modèle économique

Pour assurer la relance économique, un milliard d’euros ont été alloués au fond Covid-19. Un montant multiplié par trois grâce aux dons d’acteurs privés et institutionnels et pourrait atteindre 3 % du PIB, plaçant la relance marocaine dans le même ordre de grandeur que les plans européens selon une tribune sur le journal Le point. À cette somme, s’ajoute un budget de 3 milliards d’euros provenant de la Ligne de précaution et de liquidité (LPL), mise à sa disposition par le FMI. Ainsi, travailleurs mis au chômage pourront percevoir une indemnité de 180 euros, soit 75% du salaire minimum, au cours de la période allant du 15 mars au 30 juin. Ces derniers pourront également reporter les échéances des crédits bancaires relatifs aux mois de mars, avril, mai et juin, sans paiement de frais ni de pénalités. Celles-ci seront reportées à la fin du crédit après la dernière échéance prévue.

Côté entreprises, l’État va payer en avril, mai et juin les charges sociales de celles qui maintiennent au moins 80 % de l’emploi, tandis que pour celles qui conservent 20% de leur effectifs, les charges sociales pourront être payées en différé.

Les entreprises dont l’activité est maintenue mais qui souffrent des difficultés de trésorerie peuvent quant à elles obtenir de la part des banques, une ligne de crédit supplémentaire garantie par l’Etat. Plus édifiant encore, le Maroc indemnise également les travailleurs du secteur informel, dit « travailleurs au noir » qui représente 41% des actifs du royaume. Selon RFI, « Identifiés via le Régime d’assistance médicale (Ramed), ces derniers vont toucher entre 75 et 112 euros en fonction de la taille des ménages, par système de SMS puisqu’ils ne sont pas bancarisés. De même, les ménages non « ramédistes », les plus précaires, ont été appelés à s’inscrire pour des aides similaires entre le 10 et le 16 avril, avec l’aide des mokadems, les chefs de quartiers.»

 Une synergie entre autorités, associations et habitants

Grâce à la collaboration entre autorités et associations, trois milles SDF ont pu être localisés et placés en confinement.  L’association Jood a même créé une carte interactive sur Google Maps afin de géolocaliser les sans-abris et de permettre aux citoyens vivant à proximité de leur venir en aide. Selon un article du Monde, « Grâce aux dons, des milliers de masques et de flacons de gel désinfectant leur ont été distribués ». « L’association aurait même lancé une application permettant de vérifier, en identifiant les numéros de carte d’identité, si les aides de l’Etat sont distribuées équitablement. Une solidarité se crée également entre les habitants du royaume. Les groupes d’entraide Facebook se multiplient afin d’apporter de l’aide aux familles les plus démunies » peut-on aussi lire sur le quotidien.

Innovation

Le Maroc s’est également lancé dans la conception et fabrication de respirateurs. L’usine de la société d’étude et de réalisations mécaniques de précision (SERMP) a été mobilisée pour contribuer à la fabrication de respirateurs artificiels. Selon le quotidien marocain Yabiladi, ces derniers seraient toujours en phase de test.

Des mesures qui ne préservent toutefois pas le royaume d’une crise économique sans précédent. »Cette crise impactera directement le secteur du tourisme qui compte l’hôtellerie, la restauration, les agences de voyage, le transport touristique, et tous les métiers connexes au secteur de l’aérien », a alerté Abdellatif Kabbaj, président de la Confédération Nationale du Tourisme (CNT). Ce dernier annonce une perte d’environ 3,2 milliards d’euros. Dans une note parue en mars sur l’impact du Covid-19 au Maroc, la Banque mondiale, le Pnud et la Commission économique pour l’Afrique (CEA) prévoient également une récession de -1,5 % en 2020 et le risque de voir 10 des 35 millions de Marocains tomber dans la pauvreté.

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