“ Nous souhaitions mettre en place un complément à notre système éducatif, capable de faire le lien entre ce qui est appris dans les cahiers et la vie pratique ”, Latifa El Ghezal, Co-fondatrice de SCIENCIA

“ Nous souhaitions mettre en place un complément à notre système éducatif, capable de faire le lien entre ce qui est appris dans les cahiers et la vie pratique ”, Latifa El Ghezal, Co-fondatrice de SCIENCIA

Publié le 31 mars 2021

En partenariat avec le Sommet EMERGING Valley, événement incontournable qui réunit chaque année de nombreuses startups, investisseurs, hubs technologiques et acteurs clés des écosystèmes innovants de la zone Euro-Med-Afrique et qui se tiendra en digital les 7 et 8 avril 2021, Widoobiz dresse le portrait de six entrepreneurs africains. Aujourd’hui, focus sur Lafita El Ghezal, co-fondatrice de SCIENCIA, start-up du Social Inclusive Business Camp, qui innove afin de donner le goût de la science aux enfants.

SCIENCIA : Un centre de loisir qui éveille la curiosité scientifique des jeunes

Comme de nombreux tunisiens, Latifa El Ghezal porte un œil critique sur le système éducatif de son pays. Docteur en génie civil et enseignante universitaire à l’Ecole nationale d’architecture et d’urbanisme de Tunis, elle juge les méthodes pédagogiques trop académiques et trop abstraites pour intéresser la majorité des jeunes élèves, en particulier dans le domaine des sciences. Afin de compenser les lacunes du système éducatif et de donner le goût des sciences aux enfants, elle se lance en 2014 dans le projet Sciencia, un centre de loisirs scientifiques pour les enfants de 6 à 16 ans.

« Après la révolution de 2011, les deux autres cofondateurs et moi-même souhaitions mettre en place un complément à notre système éducatif capable de faire le lien entre ce qui est appris dans les cahiers et la vie pratique » nous explique-t-elle. Le but est simple : créer un espace où les enfants peuvent pratiquer les sciences et trouver des réponses à leurs questions, que les parents n’ont pas toujours le temps ou la capacité de leur apporter. Cela afin de récupérer, après une vingtaine d’années, des adultes capables de sortir de leur zone de confort, de créer et d’innover car ils aiment les sciences et ont eu l’occasion de pratiquer cette passion durant leur enfance avec Sciencia.

« En 6 ans, nous avons pu atteindre plus de 1500 enfants et réussi à pérenniser l’assiduité de nombre d’entre eux, avec certains enfants qui participent à nos ateliers depuis parfois 4 ans »

La start-up propose différents ateliers ludiques tournant autour de la robotique, de l’aéronautique, de l’astronomie, de la physique, de la chimie et des énergies renouvelables, entre autres. Les activités se font toujours en petit groupe de 8 à 10 enfants. « En 6 ans, nous avons pu atteindre plus de 1500 enfants et réussi à pérenniser l’assiduité de nombre d’entre eux, avec certains enfants qui participent à nos ateliers depuis parfois 4 ans », nous révèle avec fierté Latifa.

Cela fait également trois ans que les équipes de Sciencia conçoivent et livrent leurs propres kits scientifiques, notamment des puzzles en 3D autopropulsés sous forme de camionnettes ou de robots suiveurs de ligne, ou encore des kits de chimie qui permettent de réaliser différentes expériences sur les acides et les bases. Ils permettent ainsi à l’entreprise de toucher un public très éloigné de ses locaux. L’entreprise fonctionne grâce au travail des 3 fondateurs et de 4 collaborateurs, mais aussi grâce à 2 ambassadeurs formés par l’équipe, un à Nefta dans le sud du pays et l’autre à Tunis, qui démarchent de potentiels partenaires et travaillent sous la tutelle de Sciencia, avec une grande autonomie d’action.

Latifa a fait le choix d’une entreprise sociale, pas d’une ONG

Les 3 cofondateurs lancent la start-up en 2014 sur leurs fonds propres. Leur travail leur a ensuite permis de recevoir différentes subventions de l’Union européenne, d’obtenir le label Startup délivré par le gouvernement tunisien et de rejoindre des programmes d’accompagnement de haut niveau tel que le SIBC.

Latifa et ses associés ont également fait le choix de fonder une entreprise privée et non une association, ayant remarqué que les ONG et associations locales avec un agenda éducatif avaient généralement des difficultés à toucher un large public. Cette entreprise sociale se finance en B to C auprès des parents qui souhaitent inscrire leurs enfants aux ateliers Sciencia, principalement en provenance du Grand Tunis. Une autre partie de ses recettes se font en B to B grâce au travail qu’elle effectue auprès d’écoles privées mais aussi auprès d’espaces de coworking, d’associations proposant des activités aux enfants ou d’agences de teambuilding qui utilisent les kits Sciencia pour leurs activités. Le résultat est au rendez-vous pour la cofondatrice de la startup : « Notre modèle économique nous a permis de dégager en 2019 un chiffre d’affaire de 600 000 dinars soit 30 000 euros. »

Une entreprise qui a su transformer le challenge de la covid-19 en opportunité

Bien sûr, la crise sanitaire a provoqué en 2020 une baisse du chiffre d’affaires et des difficultés financières certaines. Mais le confinement a aussi été une opportunité : l’absence d’ateliers physiques leur a permis de lancer leur activité en e-Learning et ainsi toucher des enfants qui ne sont pas nécessairement sur le Grand Tunis. Les ateliers virtuels fonctionnent sur le même principe que leurs équivalents physiques avec quelques adaptations : « nous livrons à chaque enfant les consommables nécessaires pour ses activités mensuelles et les groupes sont réduits à 5 personnes car il reste plus difficile de faire passer les informations en ligne, surtout auprès d’un jeune public ».

Les salariés ont également eu plus de temps pour se concentrer sur la vente des kits et le développement de nouveaux produits. Cela a aussi été pour Latifa « une période de pause, qui nous a permis d’élaborer de nouvelles idées et de redéfinir nos objectifs ». Finalement, Sciencia a pu transformer le challenge de la Covid-19 en opportunité !

SIBC 2020 : Accompagner les entrepreneurs ayant un impact sociétal fort en Afrique

A l’occasion de la quatrième édition du Social Inclusive Business Camp (SIBC), près de 800 candidatures d’entreprises issues de secteurs divers – e-santé, éducation, emploi, agriculture, agroalimentaire, énergie, industries culturelles & créatives – ont été étudiées. Parmi les postulants, 55 entreprises, dont Sciencia, ont été sélectionnées afin de composer la cohorte 2020.

Ce programme de coaching hybride conçu par l’Agence Française de Développement (AFD) sélectionne et accompagne des entrepreneurs sociaux vers plus de résilience et de responsabilité sociétale. Depuis sa première édition en 2017, le SIBC a accompagné près de 150 entrepreneurs ayant un impact sociétal fort en Afrique dans leur passage à l’échelle.

Afin de consolider leurs acquis en rencontrant l’écosystème local et plus largement celui de l’entrepreneuriat africain, un programme composé de 10 semaines de formation en e-learning, suivi d’un boot camp intensif à Marseille en amont du Sommet EMERGING Valley sont proposés aux entrepreneurs du SIBC. Enfin, Latifa et les autres lauréats de la cohorte 2020 auront l’occasion de séduire partenaires et investisseurs potentiels lors d’un « speed pitching » organisé à l’occasion du Sommet EMERGING Valley.

De toute évidence, nous allons continuer à entendre parler de Scienca et de l’équipe de Latifa El Ghezal. Ils préparent actuellement leur extension au-delà du grand Tunis, réfléchissent à la meilleure façon d’industrialiser la fabrique de leurs kits tout en préparant leur participation au Sommet EMERGING Valley d’avril 2021 !

0 commentaires

Laisser un commentaire