Des scientifiques créent des embryons homme-singe

Des scientifiques créent des embryons homme-singe

embryon homme-singe

Le 15 avril dernier, une équipe sino-américaine a annoncé avoir cultivé des embryons de macaques, dans lesquels ils ont ajouté des cellules humaines. Une expérimentation qui avait déjà été menée en janvier en France.

« Chimère », le mot peut laisser croire à une créature mythologique, mi-homme mi-singe. Mais il n’en est rien, affirme Juan Carlos Izpisua, le chercheur à la tête de l’expérimentation et dont les résultats sont parus dans la revue scientifiqueThe Cell, jeudi 15 avril.Ce dernier, selon le journal madrilène El Pais, aurait pour objectif« de générer des organes humains chez les bovins porcins ».  « Tous les ans, des dizaines de milliers de personnes meurent car ils n’ont pas obtenu un organe et sont encore sur la liste d’attente pour une greffe” justifie le chercheur espagnol à El Pais.

Juan Carlos Izpisua n’en est pas à sa première tentative. Il avait déjà annoncé en 2017, avec son équipe du Salk Institute, à San Diego aux États-Unis, la création de porcs rudimentaires et de chimères humaines. Il avait alors injecté  des cellules souches humaines dans des embryons de porc, qui ont été cultivés vingt-huit jours. Les cellules humaines contribuaient toutefois très peu au développement des embryons. Un échec que le scientifique attribue alors aux 90 millions d’années d’évolution qui séparent ces animaux et ces personnes. C’est pourquoi il décide de se pencher sur deux espèces plus proches génétiquement : le singe et l’être humain. En Chine, cette fois.

Pour ces  expériences, menées au laboratoire de recherche biomédicale sur les primates du Yunnant (une installation avec des milliers de singes dans la ville chinoise de Kunming), les chercheurs se sont servis d’ovules d’une dizaine de femelles de macaque crabier, qui ont été fécondés avec des spermatozoïdes d’individus de la même espèce. Après six jours de culture en laboratoire, ils ont obtenu 132 embryons. L’équipe de Juan Carlos Izpisua a ensuite ajouté 25 cellules humaines, préalablement reprogrammées avec un cocktail chimique pour pouvoir se convertir en tout type de cellule : peau, muscle etc. 19 jours après la fécondation, 10 000 cellules, qui présentent un pourcentage humain maximal de 7 %, ont été obtenues

Des recherches qui suscitent des questionnements éthiques 

 Mais les recherches de Juan Carlos Izpisua soulèvent de nombreuses questions au sein de la communauté scientifique «Les résultats des expériences sont intéressants. Mais justifier leur performance pour générer des organes humains chez les animaux pour la transplantation me semble être un objectif très lointain » souligne dans les colonnes d’EL Pais Christine Mummery, biologiste à l’université de Leiden au Pays-Bas, dans les colonnes d’EL Pais. Cette dernière prévient par ailleurs que les chimères des humains et des animaux «dépassent les limites éthiques et scientifiques établies » et  qu’il existe des alternatives « plus acceptables ». Frederico De Montalvo, président du comité de bioéthique espagnol, fait également part de ses interrogations sur le travail de Izpisua au journal espagnol « pourquoi les expérimentations ont-elles été menées en Chine ? Parce qu’ils sont plus avancés scientifiquement ou parce que les règles éthiques y sont moins strictes ? L’objectif actuel mérite d’être applaudi ». Mais ce dernier s’inquiète du risque que cette expérimentation ouvre la voie à d’autres essais : comme par exemple créer un « être intermédiaire ». Il ne s’agit pourtant pas là de la première expérimentation dans ce sens. 

Des essais qui ont lieu aussi en France 

 A Lyon, l’équipe du biologiste français Pierre Savatier  a également  publié il y a trois mois une tentative de création d’embryons chimériques macaques et humains. Avec son équipe, il a introduit des cellules humaines dans des embryons de singe, qui ont ensuite été cultivés en laboratoire durant trois jours. « Les chercheurs ont atteint un maximum de 10 cellules humaines dans des structures embryonnaires de singe avec un total de 250 cellules et sept jours de développement » rapporte  Le Monde.  Mais ces travaux font face à de nombreuses interrogations quant à leurs bénéfices et leurs risques, notamment à l’heure où la loi bioéthique est en cours de révision dans le pays.

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