Et si les jeunes issus des quartiers jugés «sensibles» investissaient l’écosystème ?

Est-ce plus difficile de faire partie des leaders du paysage économique quand on est issu d’un milieu défavorisé ? Habbedine Sébiane, acteur associatif des Hauts de Seine ne désespère pas.

Ouvrir les horizons bouchés des jeunes issus des milieux défavorisés. Telle est la mission que s’est fixé Habeddine Sébiane en créant son association Upsilon. Initialement, il voulait aider les personnes en situation de handicap physique. « On voulait montrer que des enfants handicapés pouvaient eux aussi passer leur permis de conduire, poursuivre des études, … ».

« Tout le monde est handicapé par quelque-chose: l’origine sociale, l’adresse, la maîtrise des savoirs scolaires… »

Mais après réflexion, Habbedine Sébiane prend conscience que « tout le monde est handicapé par quelque chose : l’origine sociale, l’adresse, la maîtrise des savoirs scolaires… ». Et la liste des stigmates est encore longue. Pour faire de ces handicaps une force, l’association Upsilon encadre les jeunes issus des quartiers défavorisés pour les aider à mieux s’insérer professionnellement et ainsi devenir les leaders de l’écosystème entrepreneurial de demain.

Un besoin d’aider les autres qui s’explique, sans doute, par le vécu du fondateur d’Upsilon. Né avec la maladie des os de verre, Habeddine Sébiane est contraint de rester en chaise roulante . Pourtant, il l’affirme : « Je viens d’Aulnay-Sous-Bois, je suis handicapé et mon handicap physique m’a servi d’opportunité. Pourquoi ? Parce que le handicap m’a sorti de mon quartier, m’a permis de côtoyer d’autres lieux et de maîtriser d’autres codes ».

Et il en est persuadé, la clef de la réussite pour faire partie du paysage économique de demain est la maîtrise des codes sociaux : « Lorsque j’avais 10-12 ans, je commençais déjà à me rendre compte du décalage entre les personnes que je côtoyais à Aulnay-Sous-Bois et ceux que je rencontrais à l’hôpital ou dans mon école spécialisée. Ce décalage était accentué par l’encadrement scolaire dont je bénéficiais. Il était très structuré contrairement à certaines écoles où on laisse les élèves passer de classe en classe, jusqu’au jour où on se rend compte qu’arrivés au collège, ils ne savent toujours pas lire correctement », s’indigne le fondateur d’Upsilon.

« Bonjour, wesh, salut »

« Bonjour, wesh, salut, hey : ces manières de saluer l’autre ne traduisent pas la même chose et il faut apprendre à les utiliser au moment opportun ». Habeddine Sébiane, veut attirer l’attention sur ce qui crée une fracture entre les personnes issues des « quartiers » et « les autres ».

Selon lui, lorsqu’on ne maîtrise pas les bons codes, il est compliqué de communiquer avec les personnes qui monopolisent le paysage entrepreneurial et de facto, difficile d’appartenir à cette sphère : « La relation commence sur un malentendu et il est souvent difficile d’aller plus loin. La première impression est décisive car les personnes ont tendance à catégoriser rapidement leur interlocuteur. Le prénom et l’adresse en disent souvent beaucoup sur nous. Il faut donc faire le maximum pour casser les préjugés » insiste-t-il.

Pourtant, il n’est pas toujours facile pour les personnes résidant « en banlieue » de sortir et d’apprendre d’autres codes: « Ils avancent donc seul et ne comprennent pas pourquoi ils ne parviennent pas à s’insérer professionnellement », ajoute-t-il.

Sortir les gens des « quartiers »

Mais ils ne sont pas seuls: « Upsilon veut faire sortir les gens des quartiers. Nous avons commencé par des ateliers d’handisport. L’idée est de demander à des jeunes sans activités d’accompagner des enfants handicapés dans leur pratique ». Selon Habbedine Sébiane, c’est la reconnaissance et le sentiment de se sentir utile qui créent de l’intérêt, chez les jeunes et qui leur donnent la volonté d’entreprendre et de se battre pour détruire la frontière entre ceux qui maîtrisent les codes du monde professionnel et ceux qui ne les maîtrisent pas encore.

Des dispositifs qui ont pris de l’ampleur. Aujourd’hui, l’association accueille des jeunes en réinsertion post-carcérale : « Un jour, un jeune est venu me voir pour me demander de lui signer un papier attestant qu’il avait effectué un stage pour mon association. Je lui ai dit de venir, d’encadrer les jeunes puis je lui ai signé son papier. Et lorsque son contrat s’est terminé, il est resté en tant que bénévole. Aujourd’hui, il a rejoint une entreprise spécialisée dans l’équipement médical. C’est petit à petit qu’on aide les jeunes à se réinsérer professionnellement », raconte Habbedine Sébiane.

« Il faut montrer au DRH qu’il ne pourra pas trouver plus compétent »

Cette mission, le fondateur d’Upsilon la poursuit avec les plus jeunes grâce à des campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires, mais aussi grâce à des sorties culturelles. Louvre, musée d’Art moderne, Palais de Tokyo, les jeunes en prennent pleins les yeux. « Avec ces sorties, on casse les préjugés. Certains m’ont même confié qu’ils ont ensuite emmené leurs familles visiter les musées », précise t-il.

Grâce à ces bouffées de culture, le fondateur d’Upsilon espère ainsi aider ces jeunes à se sentir plus légitimes. « Forcément, ils auront plus d’ambition. Quand on apprend des choses, quand on voit du Dali et d’autres peinture célèbres, on accroît sa culture générale, on développe son esprit critique », explique-t-il.

Finalement, pour Habbedine Sébiane, c’est la détermination qui fait tout. Selon lui, il faut parvenir à retourner le stigmate et à se rendre indispensable. « Il faut montrer au DRH en face de soi que s’il ne nous prend pas, il ne pourra pas trouver plus compétent », conclut-t-il.

Khadija Adda-Rezig

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