Homer Bryant : ce danseur de Harlem devenu entrepreneur avec le Hiplet

[Interview exclusive] Fondateur et directeur artistique du Chicago Multi-Cultural Dance Center (CMDC), Homer Bryant est aussi connu pour la danse qu’il a créée : le Hiplet. Après avoir fait parler de lui sur les réseaux sociaux, le fondateur de la CMDC a récemment étayé ses ambitions au TEDx de San Francisco. Dans cette interview, il va plus loin.

Widoobiz :  Pour vous, devenir danseur puis entrepreneur relevait du bon sens ? 

Homer Bryant : Pas vraiment ! À vrai dire, j’ai découvert la danse par hasard. Au lieu d’aller au basket, avec un ami on s’amusait à regarder les filles faire de la danse classique par la fenêtre de leur école. Un jour, la professeure nous a surpris et elle a dit qu’elle appellerait la police si on continuait. Je lui ai alors répondu que je souhaitais devenir danseur. Peu de temps après, j’ai commencé à faire de la danse: du jazz, du ballet et des claquettes. C’était assez bizarre au début car j’étais le seul garçon à faire de la danse classique donc à un moment je me suis demandé si la danse était vraiment faite pour moi (rire)…

Finalement, j’ai rejoint la compagnie du Dance Theater of Harlem. Et en 1990, j’ai fondé ma propre école: le Chicago Multi-Cultural Dance Center. Aujourd’hui, je me lance dans l’entrepreneuriat grâce au Hiplet: je souhaite monter ma compagnie de danse. Pour cela, je commercialise des articles pour les danseuses classiques et je suis à la recherche active d’investisseurs !

Widoobiz : Si vous avez une formation de danseur classique, pourquoi avoir créé le Hiplet?

Homer Bryant : Pour rester en adéquation avec notre temps. Aujourd’hui, c’est la pop culture, la musique rythmée qui sont en vogue. Le Hiplet est une association entre la danse classique et le hip-hop. Initialement je l’avais baptisé « rap ballet » mais en 2009 j’ai préféré parler de « Hiplet ». Les jeunes sont attirés par ces domaines donc ils se tournent plus facilement vers cette discipline. Et, moi ce qui m’importe le plus, c’est de rester en connexion avec la jeune génération.

Widoobiz : Quel est le message que vous voulez faire passer avec le Hiplet ?

Homer Bryant : Cette danse cherche à donner de la puissance et du bien-être aux minorités noires de Chicago et d’Amérique en général. Cette discipline prouve que des filles afro-américaines peuvent faire de belles choses avec des pointes de danseuses. Le Hiplet casse les pré-conçus. On évoque souvent les violences et les tueries qui ont lieu à Chicago. Le Hiplet est au contraire une manière positive de parler de la ville.

Widoobiz : C’est donc un symbole du Black Power ?

Homer Bryant : La danse classique est européocentrée alors que le Hiplet est la danse des communautés: noires, latinos,… La plupart de mes élèves au Chicago Multi-Cultural Dance Center ne veulent pas devenir des danseuses classiques. Pourquoi ? Parce que les « étoiles » de la danse se ressemblent toutes. Elles sont blanches, portent des tutus roses et des collants blancs. Or, la couleur de la peau des afro-américaines n’est pas blanche. Pourtant, on ne leur propose pas d’autres collants… Dans mon école, nous avons créé nos propres collants, ils sont marrons et il existe plusieurs tons pour que chaque danseuse se sente elle-même quand elle les porte. Beaucoup de personnes ne sont pas d’accord avec ce que je fais. Selon eux, ça rompt avec la règle des «whites swan » (rire)…

Widoobiz : Avec le Hiplet, vous êtes-vous fait des ennemis?

Homer Bryant : Je ne parlerais pas d’ennemis, mais il est vrai que beaucoup de professionnels ne sont pas d’accord avec ce que je fais. Ils pensent que je triture la danse classique. Pour eux c’est une discipline qui doit rester « pure ». Ils ne cherchent pas à ce que l’on innove, à ce que l’on s’amuse. Or, je suis convaincu que nous devons être des penseurs, des innovateurs, des personnes qui font la différence. (Ce sont d’ailleurs des valeurs importantes à avoir quand on est entrepreneur !) Pour eux, il n’y a qu’une manière de faire les choses. Quand le jazz est arrivé aux Etat-Unis, ça a été trés mal vu. Finalement, c’est le changement qui est douloureux, mais ne rien changer est aussi quelque chose de douloureux. Il faut s’y habituer, en tout cas nous, nous adorons ce que nous faisons et toutes ces critiques nous rendent plus fort !

Widoobiz : Avez-vous le sentiment que le Hiplet change vraiment les enfants à qui vous l’enseignez ?

Homer Bryant : Je le croisJ’aide ces filles à trouver leur voie. On les aide à devenir meilleures grâce à la danse. Elles arrivent très timides. La danse les ouvre, et les rend plus fortes. Certaines ne pouvaient même pas me regarder dans les yeux. Maintenant, elles le font ! La danse change des vies. J’ai même vu des « bad girls » devenir des ballerines (rire) ! Et certaines personnes viennent me voir et me disent qu’elles auraient aimé faire du Hiplet .

Widoobiz : Dans quelques années, comment le Hiplet va-t-il évoluer?

Homer Bryant : Le Hiplet est une danse d’un nouveau genre, et je pense qu’elle peut entrer dans l’histoire. Elle est rapidement devenue virale sur internet. Et ça va continuer puisque certains de mes élèves sont danseurs au Cercle du Soleil et à Broadway. Cela accroît la visibilité du Hiplet. Je pense que le Hiplet va aussi être utilisé dans le monde de la publicité et de la mode. Par exemple, nous avons dernièrement tourné des spots pour Mercedes Benz et pour le magazine VOGUE.

Widoobiz : Après avoir créé le Hiplet, comment voyez-vous votre avenir ? 

Homer Bryant : Comme je le disais je me vois entrepreneur. Je suis actuellement en train de commercialiser des justaucorps, des collants, des bijoux et pleins d’autres accessoires pour les danseuses. En vendant ces articles, je cherche à réunir les fonds nécessaires à la création de ma propre compagnie de Hiplet. J’aimerais sillonner le monde entier et montrer en quoi cette danse consiste. D’autant plus que beaucoup de personnes me sollictent pour faire des représentations. Ces perspectives me motivent et m’inspirent. D’ailleurs, j’ai déjà une idée de nom pour ma compagnie: « Hiplet, The Musical » !

Propos recueillis par Khadija Adda-Rezig

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