Congé paternité : allô papa bobo

Congé paternité : allô papa bobo

Avec 11 jours, la France possède l’un des congés paternité les plus courts d’Europe. La faute aux politiques ? Au budget ? À la société ? Éléments de réponse.

De 10 à 39 semaines en Norvège, de 60 à 480 jours en Suède, 54 jours en Finlande, 2 à 34 semaines au Danemark, 8 semaines en Espagne, 15 jours en Bulgarie et… 11 jours en France*. Weekend inclus. C’est en faisant un petit tour au-delà de nos frontières qu’une dure réalité prend forme. La France est le mauvais élève européen du congé paternité. Seules l’Italie et la Grèce font pire avec 2 jours. Même en Allemagne, pays auquel les tricolores adorent se comparer, la situation est plus enviable. Les pères y ont droit à 14 mois de congé parental à partager avec la maman et rémunérés à 67 % du salaire.

Pourtant, en France, tout avait bien commencé. Le 1er janvier 2002, un congé paternité de 11 jours était créé sous l’impulsion du gouvernement de Lionel Jospin. À cette époque, l’Hexagone faisait partie du peloton de tête des pays proposant ce droit. Dix-huit ans plus tard, rien n’a changé alors que tous les autres pays ont multiplié les mesures.

Pour les pères ultra motivés, il y a bien une option de secours : le congé parental. Mais ce dernier, limité à 397 euros mensuels, n’a logiquement convaincu que 272 000 parents en 2018, dont seulement 6 % d’hommes**.

Une mesure jugée trop chère

Alors pourquoi la France est-elle si tristement à la traîne ? Tout simplement à cause de l’argent, explique Antoine Math, chercheur à l’IRES, l’Institut de Recherche Économiques et Sociales. « Tout ce qui peut être perçu comme une dépense publique est rejeté en bloc, explique le spécialiste. Bercy traque la moindre dépense sociale. L’autre raison, c’est que cette question est considérée comme mineure. Elle n’est pas prise au sérieux », affirme-t-il.

Le sujet n’a pourtant rien de léger pour les jeunes parents. Quand Alexandre Marcel a dû retourner au travail 11 jours après la naissance de sa fille, il s’est senti complètement démuni. « J’attendais mon train sur le quai du RER, nous étions en décembre, il faisait un froid glacial. […] Je me demandais ce que je faisais là, dans cet hiver matinal et triste, alors que ma fille d’à peine deux semaines avait besoin de moi, et que ma femme épuisée par l’accouchement avait aussi besoin de moi. »

C’est en novembre 2019, quinze mois après cette amère expérience, que ce papa d’une petite Ambre a décidé de partager son témoignage sur son blog « Papa Plume ». Dans une longue tribune, intitulée « Lettre d’un papa à ceux qui font les lois », il s’insurge contre cette situation absurde. « C’est complètement injuste. Nous parlons d’un sujet fondamental qui touche à plein de niveaux à l’égalité homme/ femme », témoigne le jeune homme. Sur Facebook, sa lettre a fait sensation avec plus de 5 millions de vues et des centaines de milliers de partages.

Les entreprises à la rescousse

Et il n’y a pas que les parents qui veulent faire bouger les choses. Face à l’inaction des gouvernements successifs à la tête du pays, des entreprises ont décidé de prendre les choses en main. Leetchi, Yuka, Big Mamma, Joone, Dataiku, Meilleurs Agents, Webedia… 105 sociétés se sont engagées début février 2020 à rémunérer à 100 % un congé de 1 mois au second parent. Cette initiative, baptisée Parental Act, concerne plus de 19 000 salariés.

Certains vont même encore plus loin. C’est le cas du groupe de luxe français Kering. Ce dernier a décidé d’étendre le congé deuxième parent à 14 semaines payées à 100 % à partir du 1er janvier 2020, soit 9 fois plus que les 11 jours de base. Le propriétaire des marques Gucci et Yves Saint Laurent ne fait que poursuivre sa politique favorable à l’égalité parentale, puisqu’il proposait déjà 5 semaines pour les jeunes papas depuis 2017.

Pour le chercheur à l’IRES Antoine Math, si ces initiatives des entreprises sont louables, elles ne sont pas pour autant une solution à long terme. « Une trop grande partie des Français n’est pas concernée par ces mesures. Cela prouve que les entreprises sont en avance sur le monde politique, mais ce n’est pas la voie à préconiser », tempère-t-il.

Un projet de loi en préparation

Alors qu’attendent nos dirigeants ? Selon le service presse de Marlène Schiappa «[la Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes] souhaite l’allongement du congé paternité, et ce sujet est partie intégrante de la loi pour les femmes dans l’économie qu’elle porte avec Bruno Le Maire ». Une grande consultation sur l’émancipation économique des femmes a d’ailleurs été lancée le 3 décembre 2019. Prévus pour mars 2020, les résultats doivent aiguiller ce projet de loi.

En attendant les résultats de cette étude, voici d’ores et déjà quelques chiffres pour prendre le pouls des Français sur le sujet. 7 pères sur 10 ont recours au congé paternité. 56 % des parents d’un enfant âgé de moins de 3 ans trouvent le congé paternité trop court. Et 63 % des 18-24 ans souhaitent un allongement du congé de paternité***. À bon entendeur.

*Le Figaro Economie, avril 2019.

** Rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (Igas).

*** « Les Français et les congés de maternité et paternité : opinion et recours », DREES, janvier 2019.

 

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