[Samedi, on lit] Méditations poétiques – Alphonse de Lamartine

[Samedi, on lit] Méditations poétiques – Alphonse de Lamartine

Dans ce premier recueil de poèmes, Lamartine aborde des sujets très contemporains, l’isolement, la fuite du temps, l’humain…Avec ces quelques lignes, commence Méditations poétiques, une oeuvre romantique dans laquelle on retrouve ses textes les plus célèbres comme « Le Lac » ou « L’automne ».

Méditation poétiques

Première partie : Des destinées de la poésie

L’homme n’a rien de plus inconnu autour de lui que l’homme même. Les phénomènes de sa pensée, les lois de la civilisation, les phases de ses progrès ou de ses décadences, sont les mystères qu’il a le moins pénétrés. Il connaît mieux la marche des globes célestes qui roulent à des millions de lieues de la portée de ses faibles sens, qu’il ne connaît les routes terrestres par lesquelles la destinée humaine le conduit à son insu : il sent qu’il gravit vers quelque chose, mais il ne sait où va son esprit, il ne peut dire à quel point précis de son chemin il se trouve.

Jeté loin de la vue des rivages sur l’immensité des mers, le pilote peut prendre hauteur et marquer avec le compas la ligne du globe qu’il traverse ou  qu’il suit ; l’esprit humain ne le peut pas ; il n’a rien hors de soi-même à quoi il puisse mesurer sa marche, et toutes les fois qu’il dit : « Je suis ici, je vais là, j’avance, je recule, je m’arrête, » il se trouve qu’il s’est trompé et qu’il a menti à son histoire, histoire qui n’est écrite que bien longtemps après qu’il a passé, qui jalonne ses traces après qu’il les a imprimées sur la terre, mais qui d’avance ne peut lui tracer son chemin.

Dieu seul connaît le but et la route, l’homme ne sait rien ; faux prophète, il prophétise à tout hasard, et, quand les choses futures éclosent au rebours de ses prévisions, il n’est plus là pour recevoir le démenti de la destinée, il est couché dans sa nuit et dans son silence : il dort son sommeil, et d’autres générations écrivent sur sa poussière d’autres rêves aussi vains, aussi fugitifs que les siens ! Religion, politique, philosophie, systèmes, l’homme a prononcé sur tout, il s’est trompé sur tout ; il a cru tout définitif, et tout s’est modifié ; tout immortel, et tout à péri ; tout véritable, et tout a menti ! Mais ne parlons que de poésie.

 

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